Comme chaque année, l'association de défense des consommateurs Familles Rurales a publié son observatoire des prix des fruits et légumes frais. Entre juin 2019 et juin 2020, les prix ont parfois explosé, jusqu'à 17% de plus pour les fruits. Une hausse qui s'explique notamment par l'épidémie.

Mini poivrons, mini tomates et mini aubergines, au marché de Saint-Paul-Trois-Châteaux (Drôme) le 14 juillet 2020.
Mini poivrons, mini tomates et mini aubergines, au marché de Saint-Paul-Trois-Châteaux (Drôme) le 14 juillet 2020. © Radio France / Franck Daumas

En tout juste un an, en moyenne, le prix des fruits a grimpé de 17 % ( 6 % pour les fruits bio), celui des légumes de 4 % ( 1 % en bio). C'est totalement inédit, selon Dominique Marmier, président de Familles Rurales Fédération Nationale. Il nous explique les raisons de cette hausse et ses conséquences.

FRANCE INTER : Comment obtenez-vous ces chiffres particulièrement parlants ?

DOMINIQUE MARMIER : "On a un réseau de veilleurs, répartis sur plus de 26 départements, qui relèvent les prix avec la même méthode, les mêmes produits, la même liste tous les ans au mois de juin. Donc là, c'est vraiment entre juin 2019 et juin 2020 qu'on a cette augmentation. Depuis que notre observatoire existe, cela fait maintenant plus de 10 ans, c'est la première année qu'on note une augmentation des prix aussi conséquente. 17% pour des fruits, dans les fruits conventionnels, c'est du jamais vu. Un peu moindre en bio mais quand même 6%, c'est toujours énorme. Même si, effectivement, on peut l'expliquer par les conditions très particulières de la crise du Covid qu'on vient de connaître ce printemps."

En quoi la crise du Covid a-t-elle amplifié ce phénomène ?

"Elle a eu des impacts, sans ambiguïté. La crise est arrivée au printemps en plein pendant la production. Or c'est une production qui est très manuelle, avec beaucoup de main d’œuvre étrangère, qui n'a pas pu arriver parce que les frontières étaient fermées. Ça a posé de gros problèmes de production, il a fallu trouver une main d'œuvre française qui était plus chère. Il y a aussi eu des grosses contraintes de production, avec les gestes barrières, avec des protocoles à respecter, des charges beaucoup plus élevées et au niveau de la logistique et des transports, ça a été beaucoup compliqué parce que des transports qui s'effectuaient à vide.

Il y a certains fruits qui ont été sujets aussi à des aléas climatiques. Je pense aux abricots, par exemple, qui ont été affectés à presque 40% par des gelées. Donc, ça fait une offre moindre, qui se traduit par une hausse des prix.

Il y a quelques raisons objectives. Par contre, nous, la question qu'on pose, c'est la composition du prix par la distribution. C'est à dire que des fois, entre le prix de départ producteur et le prix qu'on trouve sur les rayons, c'est multiplié par quatre ou cinq. Et on n'a pas les raisons vraiment transparentes, claires et objectives de cette augmentation du prix. Ça reste assez opaque."

Pourquoi tirez-vous la sonnette d'alarme sur cette augmentation ?

"C'est très problématique. Depuis quelques temps maintenant, il y a un plan national nutrition santé : on invite la population à consommer cinq fruits et légumes (à savoir 400g) par jour, et il y a un impact sur la santé de chacun. Nous, on invite les familles, bien sûr, à suivre ces préconisations, mais on s'aperçoit que pour les suivre avec des prix tels qu'ils sont aujourd'hui, ça devient très, très compliqué pour des familles avec des revenus modestes, surtout avec la crise qu'on connaît actuellement et depuis plusieurs années, où le pouvoir d'achat des familles est plutôt en baisse qu'à la hausse. 

Il y a des familles qui ne peuvent plus consommer ce qui est conseillé en fruits et légumes. C''est quasiment devenu impossible pour elles. Quand on voit que consommer cinq fruits et légumes, ça coûte entre 144 euros (si j'arrive à trouver les fruits, les légumes les moins chers) jusqu'à 259 euros par mois pour une famille de quatre personnes, c'est considérable ! Si c'est une famille qui est au SMIC, ça représente quand même un budget de 12 à 21%, juste pour la consommation de fruits et de légumes."

Que conseillez-vous aux familles pour éviter que la facture de fruits et légumes soit trop salée ?

"Nous, les recommandations qu'on fait, c'est de consommer des fruits et des légumes de saison. Quand on est au pic de production d'un fruit ou d'un légume, il est forcément moins cher. On alerte aussi les familles en leur disant de faire attention à la surface de vente, parce qu'on voit bien que dans notre observatoire qu'entre les moins chères (les hard discount) et les plus chères (les marchés), il y a 25% d'écart de prix. Enfin, si on achète les fruits les moins chers, la pomme, les poires par exemple, on y arrive quand même. Idem pour les légumes : en achetant les moins chers, on arrive à baisser le coût de ce panier de 40% par rapport aux produits les plus chers."

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