Les banquiers de Renault-Nissan ont élaboré un projet permettant de verser des millions d'euros de bonus supplémentaires à Carlos Ghosn et à d'autres dirigeants selon Reuters.

Carlos Ghosn, PDG de Renault-Nissan
Carlos Ghosn, PDG de Renault-Nissan © Reuters / Issei Kato

Renault-Nissan créerait ainsi une société de service spécialement pour l'occasion, selon des documents vus par Reuters. La proposition préliminaire prévoit que Renault, Nissan et maintenant aussi Mitsubishi versent à cette nouvelle société enregistrée aux Pays-Bas une portion des nouvelles sommes dégagées grâce à l'alliance. Celles-ci devraient atteindre 5,5 milliards d'euros l'an prochain, un nouveau record après 4,3 milliards en 2016.

Déjà en 2016, tensions entre Ghosn et l'Etat

Carlos Ghosn est le patron le mieux rémunéré du CAC 40. Contre l’avis des actionnaires, le conseil d’administration de Renault avait confirmé en avril 2016 les 7,2 millions d’euros versés au PDG. Lors de l’assemblée générale du groupe, les actionnaires avaient rejeté à 54,12 % la rémunération de 7,2 millions d’euros, dont 1,7 million d’euros en numéraire. Même si elle était quasi inchangée par rapport à 2014. Parmi les actionnaires s'étant prononcés contre cette rémunération, il y avait l'Etat.

Depuis 2013, les actionnaires des entreprises françaises peuvent se prononcer sur la rémunération des dirigeants. Il ne s’agit cependant que d’un vote consultatif. Mais dans la foulée du vote de l'AG, le conseil d’administration du constructeur avait annoncé qu’il maintenait la rémunération de Ghosn, se félicitant de « la qualité des résultats ».

Le ministre de l’Economie de l'époque, Emmanuel Macron, s'était opposé sur le sujet à Carlos Ghosn. En avril 2015, le ministre avait porté de 15 % à près de 20 % la part de l'Etat dans Renault. Objectif : avoir plus de poids lors de l’assemblée générale des actionnaires.

Ghosn gagne déjà trois fois plus que la moyenne des autres patrons français

Carlos Ghosn gagne déjà environ trois fois plus que les patrons du CAC 40 en France. Les actionnaires décideront ce jeudi 15 juin 2017 en assemblée générale si sa rémunération doit de nouveau augmenter. Lui, en tout cas, estime qu'elle devrait augmenter, car les résultats de l'entreprise sont bons. Il l'a dit sur France 2 ce jeudi 14 juin :

Ce serait logique que la rémunération du patron suive les résultats de l'entreprise". Mais que faites-vous de tout cet argent ? ça c'est un sujet personnel !

Mais dans le secteur automobile, cette rémunération n'a rien de choquant. Mark Fields, le patron de Ford gagne 16,5 millions d’euros par an, pour un chiffre d’affaires de Ford de 128 milliards d’euros en 2014. Renault Nissan enregistre un chiffre d'affaires de 120 milliards d’euros.

Un patron loin de faire l'unanimité

Carlos Ghosn a rejoint en 2016 le club très fermé des constructeurs qui ont vendu plus de 10 millions de véhicules. L'Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi en a produit neuf millions 960 000 exactement. pour cette raison, il est reconnu à l'international. Mais Ghosn est décrié en France, en grande partie à cause de ces rémunérations hors normes, mais aussi de choix stratégiques et d'affaires qui ont émaillé sa direction.

L'affaire du faux espionnage industriel

En janvier 2011, Renault aurait été la cible d’espionnage industriel, de la part de trois de ses ingénieurs. Trois cadres sont en effet accusés dans des lettres anonymes d'avoir organisé un réseau d'espionnage au sein de la société. Très vite, la Chine est pointée du doigt comme étant le commanditaire et le bénéficiaire de cette affaire. Sur les plateaux de télévision, Carlos Ghosn prend la parole et affirme détenir des "certitudes" dans toute cette affaire...

Carlos Ghosn n'a pas démissionné après cette affaire. Pourtant, il a directement été accusé d'avoir sur-réagi. Les autres protagonistes, eux, ont servi de fusibles, à commencer par son bras droit Patrick Pélata, mis au placard à la suite d'un conseil d'administration exceptionnel. Aujourd'hui il affirme :

L'important était de protéger Carlos Ghosn

Le dieselgate

Le groupe est pris dans la tourmente du "dieselgate", visé depuis le 12 janvier par une information judiciaire pour "tromperie". Un rapport de la Répression des fraudes révélé par Libération le soupçonne en effet d'avoir mis en place des "stratégies frauduleuses" depuis 25 ans pour fausser des tests d'homologation de certains moteurs, des accusations auxquelles le constructeur a opposé "un démenti formel". La députée écologiste Cécile Duflot a demandé la démission de Ghosn. Carlos Ghosn, a redit début février qu'il n'y avait pas eu tricherie dans le fonctionnement des moteurs du constructeur.

"Il n'y a pas de triche chez Renault, il y a des améliorations à amener en matière d'émissions dans des conditions réelles d'utilisation (que) nous nous sommes engagés à faire".

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