En mai, environ 20% des œufs vendus à Carrefour utiliseront une technologie avancée permettant d'éviter le broyage des poussins mâles, une pratique vivement critiquée par les associations de protection des animaux et que le gouvernement s'est engagé à interdire d'ici fin 2021.

Un poussin à peine sorti de l’œuf. Dans la filière des poules pondeuses en industrie intensive, les mâles sont broyés à la naissance.
Un poussin à peine sorti de l’œuf. Dans la filière des poules pondeuses en industrie intensive, les mâles sont broyés à la naissance. © Radio France / Benjamin Fontaine

C'est une pratique décriée de longue date par les associations mais largement répandue : chaque année, dans la filière des poules pondeuses, 50 millions de poussins mâles sont broyés à la naissance en France.

Pour éviter cet abattage, le groupe Carrefour et les Fermiers de Loué ont décidé d'investir dans une nouvelle technologie développée par le groupe allemand AAT, qui permet de déterminer le sexe de l'embryon dans l'oeuf, quelques jours seulement après la ponte. Une caméra spéciale scanne ainsi chaque oeuf, et identifie le sexe du futur poussin en analysant la couleur des plumes de l'embryon. S'il s'agit d'un mâle, l'oeuf sera détruit, tandis que l'embryon femelle sera conservé. 

Deux centimes plus cher pour un œuf plus éthique acheté en magasin

Cette technique AAT a un coût, divisé entre Carrefour, Loué et le consommateur. Pour un œuf qui a bénéficié de la technique du sexage, le client paiera environ 2 centimes de plus, soit 11 centimes supplémentaires pour une boîte de 6 œufs (1,89 euros au lieu de 1,78 euros). 

Pour les identifier, les boîtes seront marquées d'un logo identifiable. Selon Carrefour, d'ici mai 2020, environ 20 % des œufs vendus seront concernés. Le distributeur a déjà annoncé qu'il souhaitait étendre la pratique du sexage in ovo à l'ensemble des œufs vendus.  

Le broyage des poussins mâles, une pratique interdite en France d'ici deux ans 

Les techniques de sexage des poussins dans l’œuf sont déjà expérimentées en France. Et si pour l'instant, Carrefour est le plus grand distributeur à l'utiliser, ce n'est pas le premier accord du type dans la grande distribution. La semaine dernière par exemple, la marque Cocorette a annoncé un partenariat similaire avec le volailler Novoponte en utilisant la technologie de la start-up allemande Seleggt. 

Une façon d'anticiper un changement de réglementation puisque le ministre de l'Agriculture et de l’Alimentation Didier Guillaume a annoncé qu'il souhaitait interdire cette pratique en France d'ici fin 2021

"Un pas en avant", selon les associations de défense des animaux 

L'association de défense des animaux L214 salue la décision du duo Carrefour-Loué. En 2014, c'est cette association qui avait diffusé des images chocs où l'on voyait des poussins passés au broyeur. "C'est un pas en avant important vers l'arrêt de l'élimination des poussins mâles par gazage ou broyage donc ce n'est pas négligeable !", commente Brigitte Gothière, l'une des fondatrices de L214. 

"Et c'est bien de voir que des acteurs de la grande distribution anticipent sur l'interdiction de la pratique par le gouvernement." Pour autant, la fin du broyage des poussins mâles chez les poules pondeuses n'est qu'un début, pour Brigitte Gothière. Dans la filière avicole, "d'autres oiseaux sont éliminés de la même manière, comme les canetons femelles dans la production de foie gras !".  

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