Emmanuel Macron a annoncé mercredi la mise en place du taux à charge zéro désigné comme "une conquête sociale essentielle" d'ici à 2021. Ces déclarations interviennent au lendemain de la publication d'un rapport qui pointe les défaillances des complémentaires et l'absence d'une politique sociale au sein de l’exécutif.

Le chef de l'État s'est exprimé devant le congrès de la Mutualité sur les mesures de protection sociale instituées par le gouvernement.
Le chef de l'État s'est exprimé devant le congrès de la Mutualité sur les mesures de protection sociale instituées par le gouvernement. © AFP / Sylvain Thomas

Le rendez-vous était marqué au fer rouge dans l'agenda présidentiel. Le 42e congrès de la Mutualité qui s'est tenu mercredi matin à Montpellier était pour Emmanuel Macron l'occasion de préciser sa politique sociale alors que les critiques émergent sur le volet trop libéral de certaines mesures. Lors d'un discours au cordeau, le chef de l' État n'a pas fait d'annonces surprises malgré le "grand tournant social" annoncé. La présupposée réforme du "panier 100% santé" sur la réduction des frais de lunettes, dentaires et des audio-prothèses a de son côté bien été entérinée. 

Il faut dire que le contexte n'était pas des plus favorable après la publication mardi du rapport de l'UFC-Que Choisir sur les nombreuses défaillances du secteur des complémentaires santé. Parmi les points noirs soulevés par l'association, l'explosion des frais de gestion, l'opacité des tarifs des organismes et une hausse continue des frais de cotisation. Quelques heures plus tard, le président a crée la polémique suite à une vidéo postée mardi soir par Sibeth Ndiaye, sa conseillère en communication sur son compte Twitter. En pleine préparation de son discours, il y condamne avec un langage familier "le pognon de dingue" engagé dans les minimas sociaux, sans pour autant parvenir à sortir les plus modestes de leur situation de précarité.

Entre polémiques, promesses et confirmations, voici en quelques points ce qu'il faut retenir de ce 42e congrès de la Mutualité.

Le reste à charge zéro, "une conquête sociale essentielle"

La confirmation des mesures de charge à taux zéro était l'une des annonces les plus attendues du discours d'Emmanuel Macron. Le président a alors décrété une "transformation profonde" du secteur et la nécessité d'"assumer les investissements" auxquelles participeront également les complémentaires santé. Lors de l'évocation de la responsabilité collective du partage des frais, il n'a d'ailleurs pas hésité à couper court à son discours face aux rires et réactions de l’assistance :

En gage de "compensation", le chef de l'État a annoncé aux organismes de complémentaires, malgré ses réticences premières, qu'il envisagerait de revenir sur la fiscalité du secteur pour investir davantage dans le financement de la réforme. Pour ceux qui s’inquiètent de l'aspect financier de la mesure, Emmanuel Macron a indiqué que l'obligation de se doter d'une assurance maladie et les complémentaires combleront en partie les dépenses en faveur du panier 100% santé.

Concernant le rapport de l'UFC-Que Choisir, le président répond avoir "vu les polémiques récentes" et en appelle à la "responsabilité collective des acteurs qui permet de maîtriser les coûts". Il a également promis de remédier aux dérives "dont nos concitoyens sont les premières victimes" et exigé "une transparence complète et l'établissement d'une concurrence sainement organisée".

Une réforme des retraites d'ici 2019 ?

Autre engagement pris par Emmanuel Macron, l'harmonisation des 42 régimes de retraite qui ne correspondent plus "au défi contemporain" et l'instauration d'un système par points« 1 euro cotisé donne les mêmes droits, quel que soit le moment où il a été versé, quel que soit le statut de celui qui a cotisé ». Et ce sans toucher à l'âge de la retraite ni au niveau des pensions. Une loi jugée à hauts risques sera présentée début 2019 et votée au premier semestre de la même année. Une réflexion d'autant plus nécessaire que le pays comptera cinq millions de personnes âgées de plus de 85 ans d'ici à 2050.

"Sortir d'une logique de guichet, pour une logique d'accompagnement"

Après avoir fustigé mardi soir le "pognon de dingue" que coûtent les aides sociales sans endiguer la pauvreté, le président de la République a estimé qu'il ne fallait pas se "contenter de la redistribution monétaire" et a mis en avant des solutions "plus efficaces que de l'argent mis sur la table". "Nous vivons dans un pays où la promesse républicaine est souvent déçue car nous avons maintenu les droits formels qui souvent n'existent que sur le papier, c'est ça l'indignation française contemporaine. Pourtant nous consacrons toujours davantage de notre richesse à la protection sociale", a-t-il critiqué.  

Le président a également dénoncé un système "trop complexe" et "peu humain" en prenant l'exemple du RSA qui aurait augmenté de 80% ces dix dernières années. Selon lui, il serait nécessaire de privilégier l'"accompagnement vers le travail" en contrôlant et en responsabilisant ceux qui ont eu le réflexe de "s'installer dans une forme d'exclusion". 

Dans le fil de son discours, le gouvernement devrait dévoiler en juillet un plan pauvreté qui prévoit un versement unique des aides, afin de  « mieux lutter contre le déterminisme social ».

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