On a disséqué les enquêtes réalisées sur les prix de la SNCF. Des tarifs difficiles à comprendre tant ils peuvent varier rapidement en fonction de la demande.

Les prix des billets de train sont fixés avec un réglage très précis en fonction de l'offre et de la demande.
Les prix des billets de train sont fixés avec un réglage très précis en fonction de l'offre et de la demande. © AFP / STEPHANE DE SAKUTIN

Estimer le prix de son billet de train vire souvent à la loterie, tant les tarifs de la SNCF fluctuent en fonction de l'offre et de la demande, ce qu'on appelle le yield management.

Ces dernières années, plusieurs études ont été menées pour tenter de comparer les prix pratiqués. Mais les grilles de tarif pratiquées par la SNCF sont d'une telle finesse - elles demandent l'emploi de plusieurs dizaines de personnes qui, train par train, personnalisent les prix en fonction de la fréquentation passée et des événements prévus - que ces enquêtes se réduisent à des "photographies" des prix pratiqués à un moment donné sur des trajets spécifiques.

En 2011, l'Association nationale de défense des consommateurs et des usagers, la CLCV, relevait un sentiment "d'opacité" des tarifs pour 22,5% des consommateurs, des voyageurs pour qui les prix étaient majoritairement jugés trop chers (seules 10,7 % des personnes sondées considéraient le niveau de prix comme correct). Pour vérifier ce sentiment, la CLCV avait relevé en 2013 les tarifs proposés pour 25 destinations, en période des vacances de la Toussaint.

En février 2015, UFC-Que Choisir s'était livré au même exercice. L'association de consommateurs y note que plus la distance parcourue est importante, moins le billet est cher par rapport à cette distance. Un résultat qui s'explique assez logiquement par les coûts incompressibles nécessaires pour faire circuler un train (machines, personnel, frais d'entretien des voies...).

À ces études s'ajoutent les résultats publiés dimanche par le journaliste indépendant Yann Guégan, qui a choisi de comparer les tarifs pratiqués pour des trajets entre Paris et 28 grandes villes françaises à des périodes spécifiques de forte demande, de dernière minute et de déplacements hors des périodes de vacances scolaires ou des week-ends. Le tout pour un voyageur sans carte de réduction.

C'est quoi le "yield management" ?

Ces diverses études confirment l'importante diversité de tarifs proposés pour une même destination. La dernière en date relève entre 10 et 49 tarifs différents pour un même trajet. 

Des différences qui s'expliquent par l'anticipation des voyageurs, entre ceux qui réservent leurs billets plusieurs semaines avant et les déplacements de dernière minute, ou encore par une forte de hausse de la demande le week-end ou pendant les périodes de vacances scolaires, par exemple.

"Comme les gens regardent ces dates en particulier, ils ont l'impression qu'on les matraque parce qu'il y a une énorme demande qu'on ne peut pas satisfaire" précise Thomas Le Gouezigou, économiste du ferroviaire qui confirme que "pour les trains de forte demande, la sélection se passe par les prix".

Les tarifs sont plafonnés

La hausse des prix parfois très forte constatée pendant les fêtes de fin d'année, par exemple, peut faire oublier que les tarifs des trajets sont plafonnés. Un Paris-Marseille sans correspondance, par exemple, coûtera au maximum 116 euros en tarif loisir 2nde, d'après les tarifs en vigueur mi-2018, des tarifs qui sont fixés par la SNCF et validés par l'État

Mais si, sur une période creuse, les tarifs peuvent aller de "25 à 116 euros" pour un Paris-Marseille en 2nde sans carte de réduction, au moment des fêtes, les billets sont directement vendus au tarif maximum car la demande est forte à certaines dates.

Le "yield management" fait réellement baisser le prix des billets proposés

Les prix pratiqués sont-ils, dès lors, vraiment plus avantageux en yield management ? Si l'on compare, à trajet donné, les offres proposées pour différentes dates, en période de faible ou de forte fréquentation, on obtient un écart moyen de 30 euros avec le prix du billet de 2nde, s'il était vendu à taux plein toute l'année.

Si on reprend l'exemple du Paris-Marseille, on a une offre moyenne de 76 euros pour un billet recherché en octobre et réservé en novembre ou en décembre. À titre de comparaison, pour un Bordeaux-Paris, les prix pratiqués vont de 15 à 111 euros, toujours en 2nde classe, mais en moyenne, le tarif s'établit autour de 70 euros.

Plus on s'y prend tôt, moins c'est cher

Néanmoins, le principe du "premier arrivé, premier servi" est bien respecté. Sur un Paris-Marseille toujours, un billet est proposé en moyenne à 98 euros, tous tarifs confondus, un prix qui grimpe à 114 euros pour des recherches de dernière minute.

Car le nombre de places disponibles "n'est pas infini" rappelle Loïc Leuliette, directeur des relations médias de la SNCF, surtout pendant la période des fêtes ou des vacances scolaires : "Nous engageons l’ensemble de nos trains. Lorsque les places sont intégralement vendues, impossible d’en inventer des supplémentaires."

Loïc Leuliette rappelle au passage que les ventes de billets Ouigo "sont ouvertes neuf mois à l'avance", quand on ne peut réserver son billet pour un TGV que trois mois avant

Le calendrier d'ouverture des réservations des billets de train
Le calendrier d'ouverture des réservations des billets de train / SNCF

Pour voyager moins cher, il existe donc trois possibilités : anticiper la réservation le plus longtemps à l'avance pour profiter des places à petits tarifs, moduler les horaires ou les jours de déplacement pour ne pas tomber en période de forte fréquentation ou se tourner vers le low-cost de la SNCF, Ouigo.

Mais pourquoi trouve-t-on des billets à plus de 200 euros ?

Si les tarifs sont bien plafonnés, la SNCF va proposer par défaut la catégorie supérieure quand une catégorie est pleine, à savoir la première classe, voire des billets "Pro", dont les conditions de modification sont ultra flexibles et dont les tarifs sont donc plus élevés.

Mais l'algorithme de réservation propose aussi des trajets plus longs, avec correspondances et... plus chers, quand il s'agit de périodes extrêmement demandées.

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