L'agence Tracfin enquête sur des des sites de crowdfunding détournés pour financer des réseaux djihadistes. Risque confirmé par l'enquête sur l'attenat de Saint-Etienne-du-Rouvray.

Sur son site, une association récemment dissoute pour ses liens avec des détenus radicalisés faisait des appels aux dons
Sur son site, une association récemment dissoute pour ses liens avec des détenus radicalisés faisait des appels aux dons © Radio France / capture d'écran

« Aidez nos sœurs en Syrie », « Facilitez le retour de nos frères » : certaines cagnottes et plateformes de dons en ligne cachent mal leurs liens avec l’islamisme radical en Syrie et en Irak. Ce sont les plus faciles à traquer, pour l’agence Tracfin qui enquête sur les sources de financement du terrorisme. Dans son rapport d’analyse sur le sujet, publié ce jeudi, elle insiste sur l’importance de contrôler certains sites de crowdfunding utilisés par les réseaux djihadistes. Cette forme de financement participatif a permis de lever sur internet 50 millions d’euros l’an passé, un chiffre qui a doublé depuis 2014. Combien de ces sommes ont-elles permis de financer les départs et retours de djihadistes vers la Syrie, ou financer la préparation d’attentats ? Il est impossible de le dire, même si Tracfin a pu prouver que plusieurs de ces appels à financement participatif étaient liés à des associations dont les gérants eux-mêmes sont connus pour leurs accointances avec les milieux islamistes radicaux.

L'exemple de Saint-Etienne-du-Rouvray

Ces plateformes de dons ou de cagnottes en ligne, au-delà des dons de personnes de bonne foi qui donnent pour le (souvent faux) projet présenté, peuvent surtout servir de collecteur de fonds aux terroristes, pour rassembler et blanchir des sommes d’argent d’origines douteuses, sans qu’il soit possible de les identifier.

Cas pratique : il a été prouvé, dans l’enquête sur l'assassinat du Père Jacques Hamel à Saint-Etienne-du-Rouvray le 26 juillet dernier, que les deux terroristes avaient participé au financement de plusieurs cagnottes en ligne aux intitulés très évocateurs pour financer les combattants.

La loi s'adapte et se durcit

Maintenant que le risque lié à ces formes de crowdfunding est identifié, Tracfin a obtenu que la législation soit durcie pour les plateformes de dons et les cagnottes en ligne : à compter du 1er janvier 2017, elles devront obligatoirement s’enregistrer auprès des organismes de contrôle financier (AMF ou ACPR), comme tous les établissements de paiement, ce qui les soumettra d’office aux règles e la lutte contre le blanchiment d‘argent. Elles devront par exemple, quand cela leur sera demandé, transmettre aux enquêteurs les identités des porteurs de projets et de ceux qui bénéficient des fonds collectés.

Mais Tracfin insiste sur le fait que ce durcissement du contrôle n’est que français, et que pour être vraiment efficace il faudrait le généraliser à l’échelon européen : plusieurs sites de crowdfunding opérant en France sont hébergés à l’étranger et échappent donc à tout contrôle.

►LIRE AUSSI: le rapport d'analyse de Tracfin sur le financement du terrorisme

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