En déplacement à Lyon, le président Emmanuel Macron annonce que les pourboires par carte bancaire seront défiscalisés dans l’hôtellerie et la restauration pour l’année 2022. Mais comment cela va-t-il se concrétiser à la fin de votre repas ?

Un serveur sur une terrasse de restaurant dans le quartier touristique strasbourgeois de La Petite-France le 19 mai 2021.
Un serveur sur une terrasse de restaurant dans le quartier touristique strasbourgeois de La Petite-France le 19 mai 2021. © AFP / Patrick Hertzog

C’est une tradition qui se perd, laisser un pourboire aux serveurs d’un restaurant au moment de s’en aller. D’abord, nous avons moins de monnaie dans le portefeuille : 35 % des Français ne laissent pas de pourboire par manque de monnaie, d’après une étude de l'institut CSA. Ensuite, une habitude s’est ancrée : payer par carte bancaire. D’après le baromètre Panorabanques, 8 Français interrogés sur 10 affirment payer en sans-contact. Alors, pour relancer la pratique, le chef de l’État vient d'annoncer la défiscalisation des pourboires par carte bancaire, comme annoncé sur France Inter. Emmanuel Macron s'est exprimé ce lundi 27 septembre les professionnels réunis au Salon international de la restauration, de l’hôtellerie et de l’alimentation (SIRHA).

Qu'est-ce qui va changer au moment de payer son addition ?

Dans les prochains mois, quand vous allez régler l’addition avec votre carte, vous pourrez ajouter une petite somme supplémentaire, destinée au serveur. La promesse : cet argent ne sera pas fiscalisé. Jusqu’à présent, les pourboires versés par carte étaient déclarés et imposés. En revanche, ce n’est pas le cas, pour les pourboires en liquide, soit l'immense majorité des pourboires.

"On va passer le texte dans les prochaines semaines, pour que dans tous les prochains mois on puisse avoir des pourboires qui seront défiscalisés et sans charge" a déclaré le président. "Et l’idée c’est quoi ? C’est qu’on puisse, au restaurant, payer le pourboire avec la carte bleue, l’arrondi ou plus. Car on l’a vu en sortie de crise, nos compatriotes utilisent de moins en moins de liquide."

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Quel est l’objectif ?

Le gouvernement souhaite que le pourboire redevienne un vrai complément de salaire, comme dans certains pays étrangers, comme l’Australie ou les États-Unis (voir plus bas). Emmanuel Macron espère que cette mesure motivera de futurs serveurs, car le secteur manque de bras. Le président le promet :

"Ces pourboires seront sans charge pour les employeurs que vous êtes, et sans impôt pour les salariés qui les reçoivent. Ce qui va permettre d’ajouter au pouvoir d’achat de ces derniers."

D’où vient l’idée ?

C’est le député Modem des Yvelines, Jean-Noël Barrot, qui l’a proposée la semaine dernière. Le vice-président de la commission des Finances va présenter un amendement. Il estime qu’il est "opportun de défiscaliser les pourboires et de faire levier de la générosité des Français pour renforcer l'attractivité de ces métiers", "au moment où la restauration repart mais où les professionnels rencontrent d'importantes difficultés de recrutement qui pourraient brider la reprise".

Comment ça marchait jusqu’à présent ?

C’était au bon vouloir du client, il n'y a aucune obligation en France. La coutume veut qu’on laisse 5% de l’addition. Un arrêté pris en 1987 a intégré le service dans l’addition. "L'essor des paiements par carte bancaire a indubitablement accéléré cette évolution" expliquait au journal Les Échos Bernard Boutboul, consultant chez Gira Conseil, qui constatait déjà que les clients avaient "de moins en moins de liquide sur eux." Dans un sondage publié juillet 2017, 96% des François interrogés déclaraient que le pourboire était un réflexe pour eux. S'il était déjà possible de donner un pourboire par carte bleue, la pratique reste très rare, et en plus son montant était imposé. Si le pourboire n'a plus la cote, c'est aussi parce que les Français ont de moins en moins de monnaie sur eux. D'après une étude menée par le comparateur de banque, Panorabanques, en moyenne, les Français ne retirent que 73 euros par mois au distributeur alors que les dépenses payées avec leur carte atteignent 543 euros. De plus, 79% des Français recourent au paiement sans contact.

Comment ça se passe à l’étranger ?

Dans certains pays, le pourboire n’est pas seulement un supplément, mais le revenu principal. Aux États-Unis, par exemple, plus de la moitié des revenus des serveurs et barmans dépendent des "tips". Le pourboire représente entre 10 et 20% de l’addition finale. Les prix affichés sur les cartes ne comptent pas le service. Cette règle est appliquée en Australie et au Canada. Les serveurs n’hésitent pas à faire une réflexion en cas d’oubli. En Allemagne, le Routard précise que le pourboire est conseillé, entre 5% et 10% de la note. Il est conseillé de préciser le montant au moment du paiement, au lieu de laisser la monnaie sur la table. En Angleterre, en Espagne, au Portugal, en Hongrie, il est souvent inclus dans l’addition. Au Japon, verser un pourboire peut être considéré comme un manque de respect.

Comment réagissent les serveurs et restaurateurs ?

"Franchement, ce serait génial" se réjouit Mohammed, serveur parisien depuis 15 ans interrogé par France Inter. "Il y a une vague de démission dans la restauration. Aujourd’hui, on a besoin de bras, pour relancer le secteur." Stan, installé derrière le bar, constate que les français "donnent beaucoup moins que les étrangers". Selon lui "les américains, les mexicains" sont beaucoup plus généreux. "Il faudrait d’autres petits coups de pouce pour arriver à se sortir de cette situation délicate de pénurie. C’est déjà un premier pas qui est intéressant" affirme Joannes Richard, le champion de France de Burger, basé à Nîmes. "Ça peut correspondre à 10 ou 20 euros sur la soirée. Ce n’est pas négligeable. Si c’est tous les jours, ce n’est pas un deuxième salaire mais c’est un beau complément." 

Cette annonce satisfait également Roland Héguy, le président confédéral de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (UMIH). "Cela fait très longtemps que je soutiens cette idée" rappelle-t-il. "Ça peut participer à améliorer les conditions. Cet outil peut-être attractif pour les salariés." D’autres restaurateurs ont un avis mitigé de cette mesure, comme Fabrice, le patron d’un café-restaurant. L’un de ses salariés est parti, et il ne pense pas réussir à le remplacer : "Ce n’est pas seulement une question de salaire, c’est une question d’horaire." Enfin, Force Ouvrière regrette "la plus mauvaise des solutions". À France Info, Nabil Azzouz s'inquiète que cette mesure qui va "exonérer les organisations patronales et les chefs d'entreprise de leur propre responsabilité".