Le 10 janvier dernier, six grandes entreprises françaises ont décidé de couper le courant, pour éviter que plusieurs pays d'Europe ne subissent en même temps une panne d'électricité généralisée. La cause tient autant du problème technique que de la tension diplomatique.

Le 10 janvier dernier, plusieurs pays d'Europe ont frôlé la coupure de courant généralisée, quand le réseau d'alimentation européen est descendu sous les 50 htz règlementaires
Le 10 janvier dernier, plusieurs pays d'Europe ont frôlé la coupure de courant généralisée, quand le réseau d'alimentation européen est descendu sous les 50 htz règlementaires © Getty / erhui1979/DigitalVision Vectors

C'était le 10 janvier 2019, à 21h02 : la première grosse vague de froid européenne s'annonçait à peine, avec un premier risque de pénurie d'électricité. La commission de régulation de l'énergie (CRE) avait alors mis en garde contre des risques de coupure importants, dans plusieurs pays d'Europe. Pour éviter ce black-out, qui aurait pu s'avérer catastrophique dès les prémices de l'hiver, six grandes entreprises françaises ont purement et simplement accepté de tout éteindre. Un seul geste qui a, dans le même temps, préservé le réseau électrique de plusieurs de nos voisins européens. Un mois plus tard, l'enquête est toujours en cours

Pourquoi, ce soir, là, le réseau d'alimentation européen a-t-il chuté au-dessous de 50 htz, seuil minimum nécessaire pour faire fonctionner le réseau ? 

Explication diplomatique

À l'origine, un différend politique entre le Kosovo et la Serbie cause un premier problème d'alimentation électrique, qui a déjà entraîné un retard sur nos pendules électroniques : le Kosovo a fortement diminué l'électricité qu'il fournit d'ordinaire au système électrique européen. En réponse, la Serbie, responsable de l’équilibre énergétique des Balkans, a refusé de compenser cette perte énergétique. Claire Camus, porte parole de l'Enso E, (organisme qui mène l'enquête auprès des 41 gestionnaires de réseaux de transport d'électricité européen), explique :

C'est autant d'énergie qui n'est pas mise sur le système interconnecté européen. Ce manque d'énergie engendre une légère baisse de la fréquence de manière continue.

Bug technique

Le bug tient aussi à une erreur de calcul, comptabilisée au même moment, entre l'Allemagne et l'Autriche. Dernière raison, une baisse de production normalement anticipée, mais finalement plus importante que prévu, par exemple un "à-coup" dans la production électrique de certaines sources d'énergie (à ce stade non identifiées) comme les énergie renouvelables, par essence intermittentes : les éoliennes allemandes. 

Tout sera examiné dans le détail, mais dans cette enquête, il apparaît déjà que le dispositif français dit "d'interruptibilité" a bien fonctionné, et avec une grande rapidité, lorsque ces six grandes entreprises grandes consommatrices d'électricité (dans l'industrie de l'acier par exemple), et sous contrat avec RTE, ont stoppé net et massivement leur consommation d'électricité : 1500 MGW, soit l'équivalent de la consommation de l'agglomération lyonnaise, ou bien de la production de deux réacteurs de Fessenheim. Un premier succès pour ce dispositif créé il y a quatre ans, et dont le régulateur de l'énergie espère maintenant qu'il fera date en Europe.

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