À la veille de l'annonce d'Emmanuel Macron sur la concrétisation du reste à charge zéro, où les complémentaires santé vont être mises à contribution, l'association UFC-Que Choisir dénonce dans un rapport "les nombreuses défaillances du secteur" et l'opacité des tarifs de ces organismes. Décryptage.

L'UFC réclame notamment que chaque complémentaire soit tenue d rendre public le taux de redistribution qu'elle garantit à ses assurés.
L'UFC réclame notamment que chaque complémentaire soit tenue d rendre public le taux de redistribution qu'elle garantit à ses assurés. © OLIEL / BSIP

Tout est souvent affaire de timing. Alors que se tient mercredi à Montpellier le 42e congrès de la Mutualité où Emmanuel Macron doit vanter la concrétisation du remboursement intégral des lunettes, soins dentaires et audio-prothèses, l'une de ses promesses de campagne, l'UFC-Que Choisir dénonce dans un rapport les nombreuses défaillances du secteur des complémentaires santé. L'association, qui s'est appuyée sur les documents commerciaux de 29 organismes et 207 avis d'échéance, fustige entre autres les frais de communication exorbitants, l'envolée des tarifs pour les assurés et l'opacité des contrats.

Une bien mauvaise nouvelle pour Agnès Buzyn et le ministère de la Santé, alors que les complémentaires santé devaient servir de socle au financement des soins, sans toutefois augmenter leurs tarifications.

Des frais de gestion faramineux

Les organismes complémentaires ont en effet dépensé 7,2 milliards d’euros en 2016 pour leurs frais de gestion, soit 20 % des cotisations hors taxes.

Près de 7,2 milliards d'euros. Ce montant mirobolant ne correspond pas aux recettes, mais bien aux frais de dépenses enregistrés en 2016 par les organismes complémentaires pour leurs frais de gestion. Parmi eux, 2,8 milliards sont uniquement destinés à la communication et à la publicité désignés comme "frais d'acquisition clients".

L'UFC-Que choisir va jusqu'à évoquer _"_une grave dérive des frais de gestion" qui ont grimpé de près de 30 % depuis 2010, soit "deux fois plus que celle des prestations remboursées aux assurés". L'association de consommateurs ajoute qu'il existe une "très grande variabilité des contrats de santé individuels", échelonnés entre 9 et 42 % des cotisations, confirmant la thèse d'un manque trop important de transparence de ces informations.

Des contrats illisibles

En octobre 2010, les organismes complémentaires d'assurance maladie (Ocam) s'étaient engagés à respecter un ensemble de bonnes pratiques sur la lisibilité des garanties de complémentaires santé. Huit ans plus tard, rien ou presque n'a bougé, déplore l'association, qui réclame toujours une moins grande passivité des pouvoirs publics. 

Ainsi, 80 % des Ocom n'emploient pas le vocabulaire commun défini et 62 % continuent à utiliser des pourcentages de remboursement au-delà des 100 % pour les soins dentaires. 

Comment s'étonner alors, se demande l'UFC, que 37 % des consommateurs estiment difficile de comprendre leurs garanties santé ?

47 % de hausse des cotisations

Autre point noir relevé par le rapport, l'envolée des tarifs pour les assurés. Depuis 2006, leur cotisation moyenne aurait progressé de près de 47 %, soit trois fois plus que l'inflation sur la dernière décennie. En onze ans, la cotisation moyenne a ainsi atteint 220 euros. D'après l'association, l'explication se trouve une fois de plus dans l'augmentation des frais de gestion. 

Un taux de redistribution de moins des deux-tiers

En moyenne, seulement 70 % des cotisations reviennent à la communauté des assurés sous forme de prestations, et même 66 % pour les contrats individuels, selon le rapport. "Pour les contrats avec le plus de frais, le taux de redistribution des cotisations descend même sous les 50 % : moins de 1 euro cotisé sur 2 revient alors aux assurés", révèle Alain Bazot, président de l'association.

Mercredi, lors du congrès de la Mutualité, Emmanuel Macron devra certainement s'exprimer en vue de clarifier les points soulevés par l'étude, et les mesures prises en conséquence par le gouvernement.

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