Menacé par une amende s’élevant jusqu’à 3 milliards d’euros pour avoir favorisé son module “shopping” dans ses résultats de recherche, Google réfute les reproches dans une lettre.

Google est depuis 2010 dans le viseur de la Commission européenne
Google est depuis 2010 dans le viseur de la Commission européenne © Maxppp / IP3 press

Les accusations de la commission européenne sont “erronées, du point de vue des faits, du droit et de l’économie” : voilà la réponse cinglante de Google à Bruxelles. Par la voix de son vice-président Kent Walker, le géant américain d’Internet réfute sur son blog toutes les accusations de l’UE concernant son service de comparaison de prix en ligne.

Que reproche la Commission européenne ?

Depuis 2010, la Commission européenne enquête sur Google dans une affaire “d’abus de position dominante”. En clair, ce qui pose problème à Bruxelles, c’est que si vous cherchez “comparer prix poste de radio” (par exemple) sur Google, vous tomberez forcément en premier sur les résultats Google Shopping, mettant en avant des sites dont certains ont pu payer le fait de se retrouver si bien placés dans les résultats. Les autres comparateurs de prix n’arrivent que plus bas dans les résultats.

“La Commission craint que les utilisateurs ne voient pas nécessairement les résultats les plus pertinents en réponse à leurs requêtes, ce qui porte préjudice aux consommateurs et entrave l’innovation”.

La recherche "poste de radio" fait d'abord ressortir des résultats Google
La recherche "poste de radio" fait d'abord ressortir des résultats Google © Capture d'écran

D’où vient cette plainte ?

En tout, une trentaine d’entreprises ont dénoncé les pratiques de Google. La Commission européenne a retenu les plaintes de 19 d’entre elles, dont certaines bien connues en France, comme Expedia ou TripAdvisor, ou encore le comparateur Twenga. Autre géant du secteur, Microsoft fait lui aussi partie des plaignants.

Que répond Google ?

Pour l’entreprise américaine, “le point de vue de la Commission ne reflète pas la réalité de la manière dont les gens font des achats en ligne”, écrit Kent Walker. En d’autres termes, cela signifie que selon Google, les consommateurs ne passent pas prioritairement par le moteur de recherche, et donc que celui-ci n’entrave pas la concurrence.

“Les consommateurs ne se contentent pas de rechercher des produits sur un moteur de recherche avant de cliquer sur un site de comparaison de prix et de cliquer à nouveau vers un site marchand” (Google)

Google pointe du doigt deux autres mastodontes, Ebay et surtout Amazon, qui ont eux aussi un “impact négatif sur le trafic vers ces sites de comparaison de prix”. Et d’avancer des chiffres : l’Américain assure qu’en Allemagne, plus de 50% des consommateurs qui veulent acheter un produit en ligne vont d’abord regarder son prix sur Amazon… contre seulement 14,3% sur Google.

De fait, les comparateurs sont aujourd’hui “moins utiles pour les consommateurs”, et Google dément y être pour quoi que ce soit, assurant qu’il ne fait qu’améliorer ses produits, et estimant que la Commission ne peut le sanctionner pour cela. “Notre réponse démontre que les achats en ligne sont très concurrentiels, avec de nombreuses preuves soutenant la conclusion de bon sens que Google et beaucoup d’autres sites courent après Amazon”, explique Kent Walker.

Ce n’est pas la première fois que Google se défend face aux accusations de la Commission. Une première tribune avait été publiée en août 2015, après que Bruxelles avait envoyé sa “communication des griefs”, sorte d’acte d’accusation pour l’UE, qui a été complétée en juillet 2016.

Et maintenant ?

Il ne restait plus que quelques jours à Google pour formuler une réponse officielle, c’est désormais chose faite - le texte publié sur Internet est une version résumée de la réponse envoyée à Bruxelles.

Désormais la décision est entre les mains de la Commission européenne : “Si nos enquêtes concluent à la violation par Google des règles de l’UE en matière de pratiques anticoncurrentielles, la Commission a le devoir d’agir pour protéger les consommateurs européens et l’exercice d’une concurrence équitable sur les marchés européens”, explique la commissaire Marghrete Vestager.

Si Bruxelles décide finalement de sévir, l’amende sera colossale : entre 3 et 6 milliards d’euros (l’amende est calculée en fonction du chiffre d’affaires), du jamais vu à l’échelle européenne.

Dans tous les cas, Google restera pour un moment encore dans le viseur de Bruxelles : le 20 avril dernier la Commission a ouvert une autre enquête concernant cette fois-ci le système d’exploitation mobile de Google, Android : l’entreprise y est accusée d’avoir enfreint la concurrence en installant par défaut son moteur de recherche, et est soupçonnée d’avoir empêché des concurrents de déployer des solutions alternatives.

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