Les 1 400 entreprises de plus de 1 000 salariés avaient l'obligation de publier leur index égalité femmes-hommes vendredi 1er mars à minuit. Certaines d'entre elles se distinguent par leurs très bons résultats, à l'image de Sodexo Hygiène et Propreté ou de Monoprix. La notation est cependant à questionner.

Le score de certaines entreprises frolent la perfection. mais les critères choisis par le gouvernement sont-ils les bons ?
Le score de certaines entreprises frolent la perfection. mais les critères choisis par le gouvernement sont-ils les bons ? © Getty / Thomas Barwick

Sodexo Hygiène et Propreté, la Maif et la CNP Assurances. Voici les trois principales sociétés distinguées par la ministre du Travail Muriel Pénicaud mardi lors de sa conférence de presse, pour leur index de l'égalité femmes-hommes. Des entreprises qui atteignent le score de 99/100. 

L'index, imposé par la loi Avenir professionnel, doit être calculé à partir de 4 à 5 indicateurs (selon la taille de l'entreprise). Il donne une note sur 100 points. Chaque société doit logiquement atteindre, au minimum, 75/100. Si une société ne dépasse pas ce seuil, elle a trois ans pour se mettre en conformité, sans quoi elle sera sanctionné à hauteur de 1% de sa masse salariale. Car l'objectif de la mesure est d'éradiquer les inégalités dans le monde du travail entre les hommes et les femmes. Les femmes sont payées en moyenne 25% de moins que les hommes. À poste et âge égaux, l'écart s'établit à 9%.

D'autres sociétés s'illustrent dans ce classement pour leurs bons résultats, comme Primark France (99/100), Monoprix (98/100), Robert Half (98/100), Heineken (98/100) ou encore Danone Blédina (98/100).

Pour établir leur note, les grosses sociétés ont dû respecter cinq grand critères fixés à l'avance par le gouvernement :

  • L'écart de rémunération femmes-hommes (noté sur 40 points)
  • L'écart dans les augmentations annuelles (20 points)
  • L'écart dans les promotions (15 points)
  • Les augmentations au retour de congé maternité (15 points)
  • La présence de femmes parmi les plus gros salaires de l'entreprise (10 points)

Manque de transparence, seuil de pertinence... 

Peut-on se fier à l'index d'égalité femmes-hommes ? Certains éléments posent problème. Déjà, l'outil manque de transparence. C'est un fait, les entreprises n'ont pas l'obligation de dévoiler leurs méthodes de calcul, et l'Inspection du Travail n'effectue pas plus de vérifications. "On ne sait pas comment l'entreprise a calculé. Il y a besoin de vérifier ces données et que l'Inspection du Travail puisse le faire, ce qui aujourd'hui, n'est pas le cas. Le gouvernement a publié un arrêté à minima avec des informations à transmettre aux Inspections du travail, et elles sont minimalistes", explique Sophie Binet, co-secrétaire générale CGT CadresTechs en charge de l'égalité femmes-hommes, qui ajoute :  "La ministre s'était engagée à ce que les écarts de rémunération de chaque entreprise soit publiés, hors là vous voyez la note, mais pas les écarts de rémunération. Il y a certainement eu une pression du patronat qui refuse d'augmenter le salaire des femmes car cela coûte de l'argent. Il y a un blocage économique." 

Le seuil de pertinence, appliqué sur les écarts de rémunération, est aussi pointé du doigt par Sophie Binet "La notation est aussi très progressive : c'est un point par pourcentage d'écart de rémunération. Donc l'entreprise qui a 15% d'écart de rémunération, j'en retire cinq car c'est le seuil de tolérance et je prends en compte dans mon index seulement 10% d'écart de rémunération. Au final, cela supprime seulement 10 points sur 100. Donc cela permet d'obtenir une note de 90/100, qui reste une excellente note alors que 15% d'écart de rémunération c'est énorme." Si une entreprise dévoile un score entre 75 et 90, méfiance donc.

Cet outil, souhaité par le gouvernement, pourra-t-il faire bouger les choses dans les entreprises ? C'est un premier pas vers plus d'égalité, mais qui reste pour beaucoup de femmes, largement insuffisant. La situation en milieu salarial reste pourtant préoccupante. Les femmes sont souvent concentrées dans des métiers moins bien payés avec moins de déroulés de carrière. Sophie Binet rappelle que 30% de femmes occupent un emploi à temps partiel "pour beaucoup non choisis."

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