La chaîne de magasins Tati a été déclarée ce vendredi en cessation de paiement. Treize ans après sa reprise par le groupe Eram, l’enseigne risque un plan social.

Le mythique magasin Tati de la rue Barbès était à l'origine une boutique de 50m2.
Le mythique magasin Tati de la rue Barbès était à l'origine une boutique de 50m2. © AFP / Joël Saget

“J’ai déclaré hier la cessation de paiement des société du pôle Agora qui comprend la marque Tati”, a déclaré ce samedi Michel Resseguier, le dirigeant de cette société, filiale du groupe Eram. Tati, qui compte 1.700 salariés dans 130 magasins, était en vente depuis le mois de février.

Bien que sept offres de reprise ont été reçues par le groupe, elles “comportaient toutes des conditions suspensives”, a expliqué Michel Resseguier pour justifier le placement en cessation de paiement plutôt qu’une vente par reprise des titres.

Les élus syndicaux ont refusé vendredi de voter une mise en redressement judiciaire. “Il y a un mois pourtant, le groupe Eram affirmait que Tati n’avait plus aucune dette ; aujourd’hui il dit que six millions d’euros de dettes ont été cumulés en trois mois”, selon la déléguée CGT Nicole Coger.

Le favori pour reprendre Tati, c’est une autre enseigne de bazar : GiFi, plus axée décoration, qui souhaite s’étendre au textile, tout en gardant la marque Tati, ainsi que plus de 100 magasins et 1.200 salariés. La première audience aura lieu mardi et le processus de cessation pourrait prendre quelques semaines à peine. Retour sur le parcours d’une chaîne de magasins qui a connu les sommets avant les difficultés.

1948 - 1978 : Le succès à Barbès

En 1948, Jules Ouaki ouvre une petite boutique de textile dans le quartier de Barbès, à Paris. Son nom : Tati, un hommage à sa mère Esther dont le surnom était Tita. Et son concept : un libre-service, où les vêtements très bon marché sont en vrac dans des bacs dans lesquels il faut fouiller.

Le succès de cette boutique est tel que Tati passe en quelques années de 50 à 2.800 mètres carrés, et reçoit 8.000 clients chaque jour. Le motif rose vichy et le logo bleu de l’entreprise, imprimés sur tous les sacs, deviennent célèbres - mais il faut attendre 1975 pour l’apparition du slogan “Tati, les plus bas prix”.

Dans les années 60, Jules Ouaki décide que Tati vendra même des robes de mariée. Un coup de génie : jusqu’à 30.000 robes sont vendues chaque année, soit 10% du marché français. Et cette seule activité représente 20% du chiffre d’affaires de Tati.

1978-1995 : L’expansion sans fin ?

A partir de la fin des années 70, l’enseigne ouvre d’autres magasins, d’abord à Paris (place de la République et rue de Rennes, tous deux fermés depuis) et ensuite en région, à Montpellier, Bordeaux, Lyon ou Marseille (entre autres). D’autres magasins ouvrent aussi à l’étranger. Mais le magasin-étendard Barbès reste roi : en 1987, il attire 35 millions de visiteurs dans l’année. Soit quatre à cinq fois plus que le Louvre.

Un magasin Tati Or aux allures de bijouterie de luxe, en 1997 près de la place Vendôme
Un magasin Tati Or aux allures de bijouterie de luxe, en 1997 près de la place Vendôme © AFP / Jacques Demarthon

En 1991, Fabien Ouaki, le fils de Jules (mort en 1982) prend le contrôle de l’entreprise jusque-là tenue par la veuve de son fondateur. Il lance des enseignes spécialisée, comme Tati Mariage, Tati Bijoux ou Tati Bonbons. Les magasins lancent même leur propre collection “capsule”, conçue par le créateur Azzedine Alaïa à partir du célèbre imprimé vichy rose et blanc et promue dans le magazine Elle.

La boutique Tati de la 5e avenue, à New-York, juste avant son ouverture en 1998
La boutique Tati de la 5e avenue, à New-York, juste avant son ouverture en 1998 © AFP / Timothy A. Clary

1995-2004 : La crise

A partir de 1995, le chiffre d’affaires de Tati commence à baisser. Alors que l’enseigne n’est pas en très bonne santé, Fabien Ouaki prend un pari énorme : en 1998, il investit un million de dollars (sur les fonds de l’entreprise exclusivement) pour installer une boutique Tati Mariage sur la 5e avenue à New-York.

Cette expérience new-yorkaise est un échec… mais ce n’est rien à côté de ce qui attend Tati au tournant des années 2000. L’arrivée de nouvelles enseignes de prêt à porter, H&M et Zara en tête, est une concurrence frontale pour Tati. Ces nouveaux magasins proposent une mode inspirée des grands couturiers, une rotation fréquente des collections, des prix abordables et des magasins agréables. En 2003, alors qu’il ne compte plus que 25 magasins, Tati est placé en cessation de paiement.

2004-2011 : Long retour à l’équilibre

C’est le groupe Eram qui sort Tati de la crise, avec un rachat co-signé avec Ventura pour 15 millions d’euros. Eram rachète toutes les parts de Tati en 2007 et décide de restreindre au maximum l’activité du groupe. L’enseigne se recentre sur le textile, le mariage, et garde simplement ses magasins “Tati Or” et la marque Tati Vacances - gérée par le groupe Promovacances.

Dans le même temps, le magasin initialement spécialisé dans le déstockage opère une petite montée en gamme et demande à des graphistes de créer des collections simples et abordables : la direction parle non plus de “low cost” mais de “fair cost”. En 2010, le site Tati.fr est lancé et détrône rapidement la boutique de Barbès : la vente en ligne représente alors 10% du chiffre d’affaires. En 2011, pour la première fois depuis plus de quinze ans, l’enseigne retrouve son équilibre financier.

2011-2017 : Un Tati nouveau ?

Sous le contrôle d’Eram, Tati poursuit sa métamorphose : à partir de 2011, les bacs à fouille qui ont fait la renommée de la chaîne disparaissent au profit d’une présentation plus classique et d’une collection restreinte, mais avec un objectif : maintenir 80% des produits à moins de dix euros. La marque abandonne même les couleurs mythiques de son logo au profit d’un nouveau rose.

En 2013 Tati lance un magasin XXL au centre commercial de Thiais : avec 4.000m2, il est plus grand que celui de Barbès. Le groupe se fixe pour objectif de développer ces grandes surfaces tout en reconquérant des centre-villes abandonnés (Montpellier, Lyon). Ironie du sort, près de trente ans après avoir quitté son “corner” des Galeries Lafayette, Tati s’y invite à nouveau en 2014 pour la présentation d’une nouvelle collection mariage.

Depuis 2015, de nouveaux magasins ouvrent à l’international, notamment à Casablanca et au Moyen-Orient. Pas plus tard que cette semaine, un deuxième magasin a été annoncé dans la capitale économique du Maroc. Mais cette nouvelle stratégie n’a pas été suffisamment viable pour le groupe Eram, qui a donc décidé de se séparer de Tati.

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