Le scandale des moteurs diesel truqués, pour lequel le patron d'Audi, filiale de Volkswagen, a été incarcéré lundi en Allemagne, éclabousse depuis trois ans l'ensemble de l'industrie automobile mondiale.

Le président du directoire d'Audi, Rupert Stadler, a été arrêté pour suspicion de fraude dans le cadre du «dieselgate»
Le président du directoire d'Audi, Rupert Stadler, a été arrêté pour suspicion de fraude dans le cadre du «dieselgate» © AFP / CHRISTOF STACHE

Volkswagen (VW) reconnaît avoir truqué 11 millions de véhicules, dont 8,5 millions en Europe et 600 000 aux Etats-Unis, pour inscrire leurs performances écologiques dans la limite de l'acceptable. Ces véhicules portent pour la plupart la marque Volkswagen, mais la tricherie concerne également d'autres marques du groupe comme Audi, Porsche, Seat et Skoda.

En mai 2018, déjà, les autorités allemandes ordonnaient le rappel de 60 000 Porsche équipées de logiciels "non autorisés". Aujourd'hui, elles annoncent une enquête sur "des soupons de manipulation" des moteurs diesel de 60 000 Audi A6 et A7 dans le monde.

Les conséquences judiciaires 

En Allemagne, plusieurs enquêtes ont été ouvertes pour fraude, manipulation de cours ou publicité mensongère. 

Deux hauts responsables du groupe Volkswagen ont été incarcérés : le patron d'Audi Rupert Stadler en juin, et un haut responsable de Porsche, Jörg Kellner, en avril.

Wolfgang Hatz, qui a notamment été chef du développement des moteurs chez Audi de 2001 à 2007, est également en détention.

L'ancien PDG de VW Martin Winterkorn et ses successeurs Martin Müller et Herbert Diess sont visés par des investigations.

Aux Etats-Unis, Volkswagen a accepté de payer plus de 22 milliards de dollars pour contenter autorités, clients et concessionnaires. 

Le groupe a également accepté une amende de 1 milliard d'euros en Allemagne. VW n'encourt plus de poursuites judiciaires de la part des autorités américaines, mais les employés du groupe à titre individuel restent menacés. 

Huit anciens et actuels dirigeants de Volkswagen et un cadre d'Audi ont été inculpés, dont M. Winterkorn. Parmi eux, deux ont déjà été condamnées à des peines de prison.

Des enquêtes et des plaintes visent également le groupe en France, en Italie, au Royaume-Uni et en Pologne.

Les conséquences économiques  

Le scandale a déjà coûté à Volkswagen plus de 25 milliards de dollars en rappels de véhicules et procédures judiciaires. 

Mais ses conséquences financières ont été limitées pour le groupe aux douze marques, qui reste numéro 1 mondial des constructeurs automobiles, devant le japonais Toyota.

Après la découverte du scandale en 2015, le PDG Martin Winterkorn démissionne. Il est remplacé par Matthias Müller, alors patron de Porsche, qui entreprend une restructuration massive tournée vers l'électrification et supprime 30 000 postes.

En 2015, Volkswagen subit une perte historique de 1,6 milliard d'euros. Mais il revient dans le vert en 2016 et, en 2017, double son bénéfice net sur un an à 11,35 milliards d'euros. 

En avril 2018, Matthias Müller est remplacé par l'Autrichien Herbert Diess.

D'autres constructeurs ont-ils triché ?

Des tests menés après la découverte du Dieselgate ont permis d'établir que les moteurs diesel d'autres constructeurs s'avéraient également plus polluants dans la réalité que lors des contrôles.

Mais il n'existe à ce stade aucun élément permettant de conclure formellement à des fraudes. Les constructeurs ont argué que les réglementations les autorisaient, dans certaines circonstances, à désactiver les systèmes de contrôle des émissions polluantes pour protéger le moteur.

Le scandale a éclaté le 18 septembre 2015, lorsque l'agence environnementale américaine (EPA) a accusé Volkswagen d'avoir installé un "logiciel truqueur" sur des centaines de milliers de véhicules diesel fabriqués à partir de 2009 pour les faire paraître moins polluants qu'ils ne le sont réellement.  

Le logiciel enclenche un mécanisme interne de limitation des gaz polluants pendant les contrôles. Les enquêteurs découvrent que les émissions réelles d'oxyde d'azote – un gaz à l'origine de maladies respiratoires et cardiovasculaires – sont jusqu'à quarante fois supérieures à la limite légale.

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