Invitée de "On n'arrête pas l'éco", la présidente de la Fédération Française de l'Assurance, a défendu son secteur, très critiqué côté politiques pour sa réticence à indemniser en période de pandémie. Un mauvais procès, selon elle : elle estime que la crise coûtera 5 milliards aux assureurs.

Florance Lustman, présidente de la Fédération Française de l'Assurance, dans le studio de France Inter
Florance Lustman, présidente de la Fédération Française de l'Assurance, dans le studio de France Inter © Radio France

Sont-ils des profiteurs, comme le clament certains représentants politiques, ou des boucs émissaires désignés pour dédouaner l'État de ses responsabilités, comme le disent les assureurs ? La présidente de la Fédération Française de l'Assurance penche pour la deuxième solution, assurant au micro d'Alexandra Bensaid que les assureurs "ne se sont pas enrichis" pendant cette crise, au contraire.

FRANCE INTER : Des restaurateurs, durement touchés par les deux confinements, assignent leurs assureurs en justice... Qu'avez-vous envie de leur dire ?

FLORENCE LUSTMAN : "Depuis le début de cette crise sanitaire, les assureurs paient un très lourd tribut à la crise. On est extrêmement touchés, on est au plus près de nos assurés, on est les premiers à voir les énormes difficultés des restaurateurs, des entrepreneurs, des indépendants… Mais il ne faut pas oublier que nous, on assure la vie de tous les jours ! Donc quand il y a 30 % de plus d’arrêts de travail depuis le début de l’année, nécessairement nos contrats qui s’appliquent vont occasionner beaucoup plus d’indemnisations que dans une année normale. Ça va être 2 milliards de plus de sinistres qui vont être à la charge des assureurs en 2020. Je ne peux pas entendre qu’on se serait enrichis pendant la crise, c’est juste n’importe quoi !"

C’est un secteur qui se porte bien, tout de même : 13 milliards de résultats nets en 2019, une rentabilité de 7 %... En 2020, il se passe quoi en chiffre global pour les assurances ?

"C’est 13 milliards en comptant l’assurance-vie : le résultat net de l’assurance non-vie, c’est 3,9 milliards. Aujourd’hui, au global, cette crise va coûter 5 milliards au secteur, dont 2 milliards de plus de sinistres. Cela concerne tout ce qui est lié à la crise : dans l’événementiel par exemple, beaucoup d’événements étaient couverts par une assurance annulation, qui a évidemment joué ! Il y a aussi tous les risques de responsabilité, couverts par les contrats de responsabilité civile. Mais on a aussi fait 2,5 milliards de gestes extra-contractuels, solidaires, on est le seul secteur privé à avoir pris autant de décisions, très rapides, pour aider nos concitoyens.

On va se focaliser sur le secteur très particulier des hôtels, cafés et restaurants. Au total, il faut savoir que dans cette crise, pour eux, on aura servi beaucoup d’indemnisations liées à la crise Covid. On a annulé des loyers, indemnisé certains contrats de perte d’exploitation… Sur le total des contrats, notre autorité de contrôle a examiné la situation, et a dit que dans 93 % des cas, c’était clairement exclu. Dans 3 % des cas, c’est couvert. Il y a 4 % des cas, et c’est ceux-là dont on n’arrête pas de parler, pour lesquels il y a une marge d’interprétation. Dans ces 4 %, ou bien il y a eu des transactions, ou bien des tribunaux sont saisis. Au total, ce que va coûter aux assureurs la crise Covid, ça se chiffre en milliards ! Et pour les 93 % non couverts, beaucoup d’assureurs ont fait des gestes."

Que répondez-vous à Xavier Bertrand qui estime que vous vous êtes “cachés” pendant la crise, aux députés qui dans une tribune accusent les assureurs d’avoir “déserté” ?

"Peut-être qu’on n’a pas suffisamment expliqué ce qu’on faisait. Il y a beaucoup de gens sur le terrain qui en ont bénéficié, mais évidemment, ceux-là, ils n’en parlent pas. Les politiques proposent, comme à chaque fois qu’il y a un problème en France, une taxe. Mais c’est pas le sujet ! On est le pays qui taxe le plus : sur l’assurance responsabilité civile automobile, qui est obligatoire, le taux de la taxe c’est 35 %."

Bruno Le Maire, justement, vous demande de geler les primes dans la restauration, en vous menaçant d’une taxe d’1,2 milliard...

"On répondra lundi au ministre, puisqu’on le rencontre. Je voudrais rappeler que notre métier, c’est d’être investisseurs. On est les premiers financeurs de l’économie : 60 % de nos placements, qui appartiennent aux assurés, sont investis dans les entreprises. On est le seul secteur à s’être engagé à hauteur de 2 milliards pour financer la relance durable de l’économie française. On a les moyens d’aider à la reprise. Cette crise, dont j’espère qu’on est en train de sortir, il faut en profiter pour reformater notre économie, française et européenne, de façon à ce qu’elle soit plus durable. D’ailleurs notre financement est conditionné à ce que les entreprises qui en bénéficient aient une démarche responsable, on va leur demander de remonter des indicateurs comme le nombre de femmes parmi les salariés ou le management. On peut aider à transformer notre économie.

C’est de l’intérêt de l’assuré et de l’assureur que les contrats soient d’une totale clarté sur ce qui est couvert. Il y a des contrats qui étaient un peu ambigus, mais la clarification ne peut aller que dans le sens de l’exclusion : l’assurance privée ne peut pas couvrir la pandémie ! Elle ne peut pas couvrir les risques dans lesquels tout le monde est victime d’une injustice."