Ils ont été lancés il y a six mois déjà, mais le dispositif peine à prendre de l'ampleur. 2 200 contrats seulement ont été validés dans le cadre de ce dispositif. Le rythme des signatures est néanmoins en progression selon Pôle Emploi.

Le gouvernement défend les emplois francs dans le cadre de sa politique pour les quartiers
Le gouvernement défend les emplois francs dans le cadre de sa politique pour les quartiers © Maxppp / Le Républicain Lorrain / Pascal Brocard

Les "emplois francs" nouvelle génération, qui figuraient dans les promesses de campagne d'Emmanuel Macron, viennent à peine de franchir la barre des 2 000 contrats signés. Ce dispositif expérimenté dans 194 quartiers en France vise à lutter contre la discrimination à l'embauche que subissent parfois les habitants des zones prioritaires de la politique de la ville. À la clé, pour les entreprises qui recrutent via ces nouveaux contrats, une aide financière de 2 500 euros par an pour un CDD et 5 000 euros pour un CDI. 

Démarrage poussif

Même si Pôle Emploi, unique opérateur à valider les contrats, se dit "optimiste", on est encore loin des objectifs de l'expérimentation : 15 à 20 000 contrats signés par an. Le ministère du Travail tablait même, lors de son lancement, sur plus de 40 000 signatures d'ici la fin 2019. Pour atteindre ce chiffre, la cadence devra sérieusement s'accélérer. Or, pour le moment, "ça coince", s'inquiètent plusieurs missions locales et associations spécialisées dans l'insertion. 

Murielle met en relation quotidiennement des jeunes des territoires les plus fragiles avec des entreprises intéressées en Seine-Saint-Denis : "Même lorsqu'on fait se rencontrer des jeunes éligibles et des entreprises intéressées, avec une embauche à la clé, cela ne se fait pas toujours via le dispositif des emplois francs. Les démarches à Pôle Emploi ne sont pas si évidentes pour les candidats. 

Cela peut aussi être stigmatisant pour eux, puisque ça met l'accent sur leur lieu de résidence, ce qu'ils ne veulent pas toujours !

Les candidats n'osent pas brandir cet atout

Des candidats pas toujours très à l'aise effectivement avec l'idée de mettre en avant cet argument, un peu embarrassés même. Ce sont pourtant eux qui doivent porter la démarche auprès de Pôle Emploi. Sabrina, la vingtaine, qui cherche un emploi dans la vente, habite à Aulnay-sous-Bois :

Moi, je ne le ferai pas. Je ne veux pas parler de mon quartier, au contraire. En général dès que je parle d'Aulnay, c'est associé à un quartier chaud... Je préfère ne rien dire. Et puis je veux être recrutée pour mes compétences.

À cela s'ajoute un manque d'information (pas de campagne grand public visuelle, sonore) et d'accompagnement pour les entreprises désireuses de recruter via ce dispositif, déplore-t-on du côté de la CGPME du 93 : "Il y a des besoins précis mais qui restent souvent sans réponse", regrette sa secrétaire générale Valérie Perrin-Terrin.

Autant de freins et d'interrogations que veut aujourd'hui lever Pôle Emploi. D'ailleurs pour Silvino Ramos, directeur de l'agence d'Aulnay-sous-Bois : "Ici, les emplois francs sont déjà en train de décoller, nettement. On en a déjà signé 60 et 80 sont en préparation." Une équipe qui préfère mettre en avant les réussites obtenues avec ces nouveaux contrats.

Nous disons aux entreprises : faites nous confiance. Et aux candidats : n'ayez pas peur de mettre en avant vos talents, mais aussi votre lieu de résidence. Vous serez recrutés pour vos compétences, et l'éligibilité au dispositif peut être un plus ! 

Lentement mais sûrement ?

Sur les 2 200 contrats "francs" validés à ce jour, 80% sont des CDI. La grande majorité de ces emplois représentent des temps plein. 

La précédente expérimentation des "emplois francs", sous François Hollande, avait donné lieu à 250 contrats signés seulement, avant d'être abandonnée. Les critères d'éligibilité au dispositif étaient beaucoup plus restreints.

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