[scald=110137:sdl_editor_representation]par Matthias Blamont

PARIS (Reuters) - Les derniers indicateurs économiques publiés en France apportent un peu d'air à Nicolas Sarkozy à trois semaines du premier tour de l'élection présidentielle mais la poursuite de la montée du chômage reste une grande menace pour la croissance.

Le gouvernement a relevé la semaine dernière sa prévision de progression du produit intérieur brut en 2012, de 0,5% à 0,7%. Cette nouvelle perspective est supérieure à celle du FMI (+0,2%), de l'OCDE (+0,3%) et de la Commission européenne (+0,4%).

Les chiffres publiés au cours de la semaine écoulée semblent pourtant plaider pour un certain optimisme. En mars, le climat général des affaires en France s'est amélioré, la confiance des ménages s'est accélérée et leur consommation, en février, a nettement rebondi, une surprise pour les économistes.

L'Insee a même confirmé mercredi que le pouvoir d'achat individuel des Français avait progressé, de 0,4%, en 2011 -en dépit d'une tendance négative constatée sur les deux derniers trimestres- un élément qui est mis en avant par le président sortant, candidat à sa réélection, et par les membres de l'UMP.

Le déficit public a quant à lui été ramené à 5,2% du produit intérieur brut l'an dernier, soit moins que l'objectif du gouvernement calé à 5,7%, de quoi permettre au ministre de l'Economie François Baroin de répéter que la stratégie de Paris en matière de finances publiques est "crédible".

Dans un entretien accordé au quotidien Le Monde vendredi, la ministre du Budget Valérie Pécresse est allée plus loin en annonçant que le déficit s'inscrirait à 4,4% du PIB cette année, contre 4,5% prévu initialement, une façon d'accentuer la pression sur le Parti socialiste.

Son candidat, François Hollande, favori au deuxième tour, a jusqu'ici collé aux projections gouvernementales jusqu'en 2013, année au cours de laquelle le déficit doit être ramené à 3%.

Il prévoit le retour à l'équilibre budgétaire en 2017, un an après Nicolas Sarkozy, un "modèle grec" fait valoir Valérie Pécresse.

VOLATILE

"On a l'impression, effectivement, que la France a beaucoup mieux résisté que ne laissaient présager le marché et les enquêtes de confiance", souligne Guillaume Menuet, économiste auprès de Citigroup.

"Il faudrait que la tendance des statistiques se confirme dans les mois qui viennent. Tout ce que l'on voit pour l'instant c'est que l'économie s'est stabilisée et que le trou d'air n'est pas arrivé mais la France reste proche de la stagnation", ajoute-t-il. "L'augmentation du chômage devrait être significative dans les 12 à 18 prochains mois."

Les économistes interrogés par Reuters anticipent un repli du PIB de 0,2% au premier trimestre. De son côté, L'Insee estime que la croissance serait nulle au cours des trois premiers mois de l'année avant une reprise, de 0,2%, entre avril et juin.

Dans ce contexte, le chômage ne pourra pas diminuer à court terme. De nombreux économistes s'accordent sur la nécessité d'un taux de croissance minimum de 1,5% en année pleine pour permettre des créations nettes de postes.

Le nombre de demandeurs d'emplois, supérieur à quatre millions, devrait représenter 9,7% de la population active en France métropolitaine fin juin contre 9,4% fin 2011 et même 10,1% sur la totalité du territoire, une tendance susceptible de peser sur le moral des ménages, sur l'investissement et la consommation et, in fine, sur la croissance elle-même.

Le PS et le reste de l'opposition se montrent critiques sur l'action du gouvernement pour lutter contre la montée du chômage et un retournement des indicateurs en avril, en plein scrutin présidentiel, conjugué à un retour des tensions liées à la crise de la dette, serait beaucoup plus délicat à affronter pour le président-candidat.

La hausse de la TVA programmée au 1er octobre pourrait apparaître comme un signe négatif pour le pouvoir d'achat, même si, de l'avis du gouvernement, elle pourrait permettre la création de 10.000 emplois grâce à la baisse des charges des entreprises qui accompagnera la réforme si Nicolas Sarkozy est réélu.

A rebours des dernières statistiques, les résultats préliminaires des enquêtes PMI de Markit, réalisées chaque mois auprès des directeurs d'achat, ont témoigné d'un repli inattendu de l'activité des entreprises en France et en Allemagne début mars, signe d'une conjoncture toujours très volatile. Et risquée à exploiter politiquement.

Edité par Yves Clarisse

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