"Progressive et substantielle", la dette de SNCF Réseau devrait bien être reprise par le gouvernement, selon les affirmations du Premier ministre Edouard Philippe ce lundi. Mais sans détails plus précis, la capacité de l'État à absorber la dette tout en respectant ses objectifs budgétaires est remise en question.

Entretiens du Premier ministre avec les organisations syndicales et les associations d'usagers, sur la SNCF, le 7 mai 2018 à Matignon.
Entretiens du Premier ministre avec les organisations syndicales et les associations d'usagers, sur la SNCF, le 7 mai 2018 à Matignon. © Maxppp / Christophe Morin

Sans toucher à sa réforme du ferroviaire, le Premier ministre Edouard Philippe a reçu ce matin pour la première fois les syndicats, un à un, à Matignon, leur promettant une reprise "progressive mais substantielle" de la dette de la SNCF.

Pour ce faire, de "nouvelles discussions" sont programmées fin mai à Matignon, avant l'examen de la réforme au Sénat. Mais sans montants précis annoncés par l'État, les syndicats déplorent des "garanties [in]suffisamment précises", à l'instar de Luc Bérille, secrétaire général de l'Unsa, et comptent poursuivre la grève amorcée fin mars. "Pour nous la grève continue", a lancé de son côté Laurent Brun, de la CGT-Cheminots, à l'issue de son entretien. "On ressort motivés pour continuer, puisque le Premier ministre n'a pas dit autre chose que ce qu'il avait dit avant qu'on rentre", a résumé Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT.

Reprendre la dette tout en assurant les objectifs budgétaires ?

Reprendre la dette de la SNCF, estimée à 47 milliards d'euros, ne va pas faciliter l'équation budgétaire du gouvernement. Mi-avril, il s'était engagé à ramener les comptes publics à l'équilibre à horizon 2022, soit la fin du quinquennat, en réduisant le déficit à 0,9 % du PIB en 2020 puis 0,3 % l'année suivante, en 2021.

Des objectifs annoncés juste avant deux décisions qui pèsent lourd sur les comptes : celle de reprendre partiellement mais de façon "substantielle" la dette de SNCF Réseaux et celle de supprimer, finalement, la taxe d'habitation pour les 20 % de Français les plus aisés qui devaient encore l'acquitter, en 2020, sans hausse d'impôts compensatoire.

Concernant la dette de la SNCF, le gouvernement maintient encore le flou sur le financement. "C'est bien l'argent du contribuable qui va payer la facture" mais "il n'y aura aucune augmentation d'impôt et aucun impôt nouveau", a martelé le ministre des Comptes publics, Gérald Darmanin. 

Mais si rien n'est encore annoncé de façon de précise, c'est parce que la Commission européenne officialise la sortie de la France de la procédure de déficit excessif dans deux semaines. On repasse sous la barre des 3 %, pas question donc d'annoncer pour le moment la reprise de la dette de SNCF Réseau. 

Enfin, il n'est pas possible de reprendre la dette dès 2019 car il faut déjà amortir la transformation du CICE en baisse de charges. À moins, comme envisage de le faire Bercy, de faire passer ça à Bruxelles comme un One-Off, une procédure spéciale pour mesure exceptionnelle qui ne doit en aucun cas se renouveler. Sorte de solde de tout compte, à condition de prouver que l'Etat ne devra plus jamais remettre la main au pot

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