Jean Castex veut convaincre avec une quinzaine de mesures pour les quartiers prioritaires, et notamment de nouveaux financements pour la rénovation urbaine. L'exécutif propose aussi de limiter la construction de logements sociaux dans les 170 villes françaises où le seuil de 40% de logements HLM est atteint.

Jean Castex et les ministres concernés se réunissent ce matin à Grigny, dans l'Essonne : 50% de taux de pauvreté et une situation qui se dégrade près d'un an après le début de la crise sanitaire.
Jean Castex et les ministres concernés se réunissent ce matin à Grigny, dans l'Essonne : 50% de taux de pauvreté et une situation qui se dégrade près d'un an après le début de la crise sanitaire. © Radio France / Claire Chaudière

L'égalité des chances, une priorité affichée d'Emmanuel Macron que l'exécutif peine à concrétiser, surtout en ces temps de Covid. Premier volet ce vendredi 29 janvier avec un comité interministériel à la politique de la ville. Jean Castex et les ministres concernés se sont réunis ce vendredi matin dans l'Essonne à Grigny, ville la plus pauvre de France, selon l'Observatoire des inégalités, avec 45% de la population sous le seuil de pauvreté.

3 milliards sur la table selon l'exécutif

Le montant total de ces mesures : 3 milliards 300 millions d'euros. Matignon insiste beaucoup sur ce chiffre. Comme pour convaincre que la promesse d'Emmanuel Macron, réitérée le 4 septembre dernier dans son discours sur la République au Panthéon, est toujours d'actualité. 

Au programme donc : 2 milliards en plus pour la rénovation urbaine (financés en grande partie par Action Logement, l'ex 1% logement), 600 postes de médiateurs et d'éducateurs spécialisés, des moyens supplémentaires pour les agences Pôle emploi des quartiers prioritaires, des mesures pour augmenter la mixité sociale des zones les plus défavorisées

Mais aussi et surtout la poursuite de dispositifs déjà existants, comme les "cités éducatives" ou les "cités emploi", expérimentées dans plusieurs dizaines de quartiers prioritaires depuis l'an dernier, et qui visent à mettre en relation les différents acteurs de terrain en matière d'éducation ou d'insertion pour plus de résultats. Annoncée également : la labellisation de 7 nouveaux quartiers de "reconquête républicaine" avec l'arrivée prochaine de 180 policiers et gendarmes sur ces territoires. 

Objectif, selon Jean Castex : améliorer la vie quotidienne des habitants de ces quartiers. 1 milliard d'euros leur est d'ailleurs consacré dans le cadre du plan de relance, promet le gouvernement, en réponse à l'appel des 200 maires de villes et quartiers populaires lancé le 14 novembre dernier

L'exécutif entend prouver qu'il ne laisse pas tomber pas ceux qui souffrent le plus de la crise du Covid et de ses conséquences. Prouver aussi qu'il n'oublie pas ses promesses sociales, alors que le volet répressif du plan de reconquête républicaine d'Emmanuel Macron - le projet de loi séparatisme - est discuté en ce moment à l'Assemblée nationale.

Ne pas ajouter la pauvreté à la pauvreté

Pour lutter contre la ségrégation territoriale, une mesure est mise en avant : le gouvernement entend limiter voire interdire la construction de logements dits "très sociaux" (PLAI) dans les villes où le seuil de 40% de logement HLM est déjà atteint. La loi Égalité et citoyenneté, votée en 2017, fixait un objectif : 25% du parc social doit être occupé par les 25% les plus modestes (le dernier quartile de la population). Or, cette mesure n'a pas été suivie d'effets. Certaines communes pauvres accueillant dans leur parc social beaucoup plus de ménages modestes et certaines communes plus aisées restant très en deçà de l'objectif de 25%. 

"L'enjeu est effectivement crucial, mais moins simple qu'on ne le croit. Il ne faut pas pointer le logement social comme responsable, alors qu'il fait partie des solutions", réagit le maire de Grigny Philippe Rio, qui rappelle que "chaque jour qui passe, la misère avance, et avec elle le désespoir et le décrochage républicain. Les habitants des villes populaires ont besoin de voir des effets concrets aujourd'hui. Cela doit passer par un élan de solidarité national.

Dans un communiqué publié jeudi soir, la ville de Grigny, partie prenante du mouvement du 14 novembre, précise :

"Nous n'attendons pas de grands soirs, mais des petits matins d'hiver constructifs".