En pleine tourmente judiciaire, l'ancien PDG du groupe automobile français pourrait être aussi au cœur d'une polémique sur sa rémunération. S'il a démissionné du poste de président du conseil d'administration, il est resté administrateur... Et peut donc prétendre à une énorme somme en cas de départ définitif.

Carlos Ghosn en octobre 2017 à Paris
Carlos Ghosn en octobre 2017 à Paris © AFP / Eric Piermont

FRANCE INTER : Quelle somme peut espérer obtenir Carlos Ghosn en quittant la tête de Renault ?

CHARLES PINEL, directeur associé chez Proxinvest (société de conseil aux investisseurs) : Les conditions de départ de Carlos Ghosn sont difficilement quantifiables, parce qu'il y a toute une partie qui peut être négociée. Ce qui est certain, c'est qu'au moment où il prendra sa retraite (ce qui pourrait arriver assez vite), il aurait le droit à environ 750.000 euros... Mais ça, c'est vraiment la petite partie du package.

La grande partie, ce sont les actions gratuites qu'il a reçues lorsqu'il était directeur général de Renault. Elles représentent des sommes qui montent à plusieurs millions, voire dizaine de millions d'euros. Nous, on a estimé que ça pouvait aller jusqu'à 22 millions d'euros. Mais il faut parler au conditionnel : si on voulait évaluer ce à quoi il aurait droit, on serait dans une fourchette entre 0... et 30 millions. Tout va dépendre de la négociation qu'il va avoir avec le conseil d'administration.

Une négociation qui ne sera pas facile pour l'ancien patron de Renault...

Au regard des sommes, qui sont importantes, c'est évident que le conseil d'administration doit être très vigilant, surtout que l'État y est représenté. Au regard du contexte actuel, avec notamment les "gilets jaunes", on comprend très bien que ces négociations pourraient mettre le feu aux poudres. Nous conseillons des actionnaires (petits et gros) de Renault et ils attendent que le conseil fasse tout son possible pour éviter le dévoiement que serait l'attribution de ces montants astronomiques à Carlos Ghosn.

Carlos Ghosn était encore soutenu en 2017, on imagine que l'ambiance sera différente lors de la prochaine assemblée générale ?

La rémunération de Carlos Ghosn en 2016 avait été refusée par les actionnaires, mais Renault n'y avait apporté presque aucune modification : c'est l'État qui avait dû légiférer en rendant contraignant le vote des actionnaires. Ce genre de situation ne pourrait pas se reproduire. Si, à la prochaine assemblée générale en juin, la rémunération de Carlos Ghosn est refusée, alors il ne pourra pas bénéficier de sa rémunération variable au titre de 2018, et il y a une forte probabilité que ce soit le cas. En revanche, sur la partie des actions qui lui ont déjà été attribuées lors des exercices passés et qu'il n'a pas encore touchées, ça va être une négociation entre le conseil et lui-même : c'est là que le conseil et l'État doivent être très fermes, vu le contexte.

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