Depuis fin 2007 et le premier béton coulé dans un projet de réacteur nucléaire de troisième génération, la filière attend toujours les premiers mégawatts. Et cela risque de durer.

A Hinkley Point, en Angleterre, le site qui doit accueillir les deux premiers réacteurs nucléaires EPR attend le lancement des travaux, qui présentent déjà un surcoût et... du retard.
A Hinkley Point, en Angleterre, le site qui doit accueillir les deux premiers réacteurs nucléaires EPR attend le lancement des travaux, qui présentent déjà un surcoût et... du retard. © AFP / Justin Tallis

Le projet d’EPR (European Pressurized Reactor), porté à l’origine par Areva pour EDF, était supposé renouveler un parc vieillissant de centrales nucléaires, dans un pays qui repose à 77% sur cette source d’énergie pour fabriquer son électricité. Le projet était d’ailleurs tellement prometteur, avec une sécurité renforcée et un coût de production d’électricité réduit, qu’il s’est vendu par-delà les frontières de l’Hexagone.

Dix ans après la coulée du premier béton, la pose de la première pierre, en d’autres termes, aucun des six EPR en projet – quatre en chantier, un en Finlande, un en France, deux en Chine, deux tout juste engagés en Angleterre – n’a encore délivré la première étincelle dans le réseau électrique.

Or les opérations commerciales devaient commencer en 2012 à Olkiluoto, en Finlande. Mais que s’est-il donc passé ?

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Conception et construction

Pour l’EPR, les problèmes commencent dès 2006. L’agence finlandaise de la sécurité des radiations (Säteilyturvakeskus) relève alors 700 dysfonctionnements dans le chantier du premier prototype, à Olkiluoto. Elle parle "d’impréparation" d’Areva et de laxisme dans "la qualité du travail, l’organisation et le contrôle des activités sur le chantier". Un problème de méthode, des changements intempestifs, qui pèsent sur le calendrier. En 2008, soit un an après la mise en chantier du deuxième prototype à Flamanville, en France, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) fait état de fissures dans le béton de la plateforme, supposée contenir en dernier recours l’éventuelle fusion du cœur. L’ASN découvrira aussi en 2015 des anomalies dans la composition de l'acier du couvercle et du fond de la cuve.

Empirisme et sécurité

Les deux premiers EPR mis en chantier étant des prototypes, ils font les frais des hésitations dans les choix technologiques. Qui plus est, ils sont déjà en cours d’édification en 2011, quand la centrale de Fukushima, au Japon, est balayée par le tsunami qui frappe l’archipel. Un événement qui pèsera sur le cahier des charges du "fleuron de la filière nucléaire française". Cette dernière assure que l’EPR multiplie les systèmes de sauvegarde pour refroidir le cœur du réacteur en cas de défaillance, ce que Greenpeace dément. Et le chantier, par ailleurs plombé par le décès d’ouvriers, prend encore du retard.

Avant 2011, Areva visait dix commandes d'EPR avant la fin 2016. Après la catastrophe de Fukushima, ç’en est fini de ces ambitions. Et le coût de l’EPR s’envole encore.

Coût et financement

Toutes les déconvenues rencontrées sur les prototypes ont impliqué des modifications et des retards, donc des surcoûts. Le chantier Olkiluoto, en Finlande, a ainsi été lancé à l’été 2005, pour une livraison prévue en 2009. Si la construction est achevée depuis 2016, le réacteur n’a pas obtenu les certifications indispensables à sa mise en service. En France, la tranche de Flamanville devait être livrée en 2012 ; le lancement n’est pas prévu avant 2018. Et au passage – le nombre d’ouvriers sur chaque site se chiffre en milliers –, les sommes engagées ont explosé : Olkiluoto devait coûter 3 milliards d’euros ; la facture atteint 10 milliards. Même explosion des coûts, multipliés par trois, à Flamaville, où l’EPR allègera EDF de 10,5 milliards d’euros.

A terme, cela signifie, contrairement aux promesses initiales, un coût au kilowattheure plus élevé que prévu, donc une compétitivité moins élevée que prévue de ces nouveaux réacteurs. Comment, dès lors, les relancer commercialement ?

C’est tout l’enjeu des prochains projets. Les deux réacteurs en construction en Chine, lancés en 2009, pourraient bien entrer en service avant leurs aînés, pourtant mis en chantier plus tôt. On attend la mise en service de Taishan 1 et Taishan 2 d’ici à 2018. Mais le financement des deux réacteurs prévus à Hinkley Point, en Angleterre, a déjà fait l’objet d’âpres négociations. Et le premier béton n’est pas encore coulé que le projet accuse… un an de retard, pour une mise en service prévue initialement en 2025.

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