À moins de trois semaines des élections européennes, les "anti-euro" semblent retrouver de la vigueur. Quels sont leurs arguments ? Et que répondent les défenseurs de la monnaie unique ?

Votre porte-monnaie va subir de nombreux ajustements.
Votre porte-monnaie va subir de nombreux ajustements. © Fotolia.com / fox17

L'opposition à l'euro fédère des profils très différents. Des politiques (Marine Le Pen, Nicolas Dupon-Aignan), des chefs d'entreprise (Wolfgang Reitzle, patron du géant allemand des gaz industriels Linde) ou encore des universitaires.

Parmi eux, l'économiste Frédéric Lordon s'est fait remarquer récemment en publiant "La Malfaçon", livre dans lequel il détaille plusieurs scénarios pour se "débarrasser" de la monnaie unique. Invité de France Inter le 17 avril dernier, Frédéric Lordon a expliqué pourquoi il était urgent, selon lui, de sortir de l'euro, symbole du "néo-libéralisme européen" :

Rompre avec ce néo-libéralisme, c'est annuler l'une des caractéristiques centrales de la construction de l'Union européenne depuis le début des années 1990 : la soustraction de la souveraineté politique à toutes les échelles territoriales. Or, la souveraineté, c'est la possibilité de décider.

Monnaie commune plutôt que monnaie unique ?

Pour Frédéric Lordon, la France est privée de sa souveraineté économique. Sortir de l'euro permettrait ainsi de retrouver des marges de manœuvre.

Mais l'économiste et ses partisans ne plaident pas pour un retour pur et simple au franc. Ils proposent plutôt l'instauration d'une monnaie commune, alternative à l'euro. Et sa mise en place se ferait, dans un premier temps, "sans l'Allemagne et ses satellites".

Pourquoi sans l'Allemagne ? Parce qu'elle a imposé l'Union monétaire selon sa propre vision libérale de l'économie, assure-t-il. Conséquence, le fossé s'est creusé entre les pays les plus performants et les autres.

"Expulser les spéculateurs"

Dès lors, qu'apporterait une monnaie commune (plutôt qu'unique) ? Concrètement, l'euro resterait la monnaie de référence sur les marchés, mais chaque pays aurait sa propre monnaie (l'euro-franc, l'euro-peseta, etc.), reliée à l'euro par un taux de change fixe mais ajustable selon ses besoins. Pour Frédéric Lordon, il s'agit d'un "bouleversement de structure" :

Tout projet de transformation significative de l'euro est ipso facto un projet de démantèlement du pouvoir des marchés financiers et d'expulsion des investisseurs internationaux du champ de la construction des politiques publiques.

Le résultat de ce chamboulement, selon l'économiste ? Moins de spéculation, donc des prix en baisse, davantage de pouvoir d'achat pour les ménages et plus de compétitivité pour les entreprises.

Un scénario risqué

Mais tout cela est très théorique. Ce serait "le début d'un séisme qui emporterait toute l'Union européenne", selon Gérard Horny, journaliste, spécialiste des questions financières et patrimoniales, auteur de la "Bourse pour les nuls". Dans une tribune publiée par Slate.fr, Gérard Horny s'insurge :

Cela réduirait à néant tout ce qui a été élaboré si difficilement au cours des dernières années (coordination des politiques économiques, union bancaire, etc.). On voit mal nos partenaires accepter de travailler en confiance avec nous sur un projet après que nous aurons joyeusement démoli tout l'édifice bâti au cours des dernières décennies.

Une sortie de l'euro conduirait automatiquement à une dévaluation de "l'euro-franc". Ce qui pourrait être tentant pour retrouver un peu de compétitivité à l'export, "sauf que le raisonnement est simpliste", tempère Guillaume de Calignon, journaliste aux Échos :

D'abord, une baisse de "l'euro-franc" entraînerait un renchérissement des importations. Ensuite, l'incertitude sur le futur des dettes libellées en euro serait grande. Enfin, la sortie de l'euro serait un saut dans l'inconnu, une réaction en chaîne d'événements qui risque de tétaniser les agents économiques. __

Une véritable union budgétaire et fiscale de la zone euro

L'économiste Anne-Laure Delatte estime, de son côté, qu'il est trop facile de discréditer l'euro. Dans une interview au magazine Challenges, elle dénonce le système de change fixe mais ajustable prôné par Frédéric Lordon : "Ce sytème ne met pas ses membres à l'abri de la spéculation. Si les marchés jugent que votre cours ne reflète pas la réalité de la situation économique d'un État, ils vont s'attaquer à sa devise."

Anne-Laure Delatte plaide donc pour une véritable union budgétaire et fiscale de la zone euro : "Il faut mutualiser les dettes publiques en créant l'équivalent des bons du Trésor américains et instituer un parlement en charge du Budget." Un argument partagé par les économistes Pierre Rosanvallon et Thomas Piketty, auteurs d'une tribune publiée en février dernier dans Le Monde.

Les Français, en tout cas, restent majoritairement opposés à une sortie de l'euro, comme l'a montré un récent sondage Opinionway pour Le Figaro et LCI. Plus d'un Français sur deux se prononce "contre".

1 Français sur 2 ne souhaite pas sortir de l'euro
1 Français sur 2 ne souhaite pas sortir de l'euro © Radio France
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