C'est le site qui prétend réaliser vos désirs les plus fous. Wish.com, une plateforme de vente de produits en ligne à prix cassés. La recette : une publicité agressive, des investissements colossaux, et une cible : les acheteurs à faibles revenus. Mais depuis quelques temps, la colère monte chez les internautes.

Offres commerciales du site wish.com qui est visité par 7 millions d'utilisateurs par mois selon Mediamétrie
Offres commerciales du site wish.com qui est visité par 7 millions d'utilisateurs par mois selon Mediamétrie © capture d'écran

L'entreprise américaine, créée en 2011, revendique déjà 300 millions d'utilisateurs et elle n'a pas l'intention de s'arrêter là. Son nouvel eldorado : le marché européen. Wish.com c'est un site, et une application ergonomiques où l'on peut réaliser des achats en deux clics... Jusqu'ici, cela ressemble comme deux gouttes d'eau aux autres plateformes que l'on connait, comme Amazon ou Le Bon Coin. Seulement voilà, les prix y défient toute concurrence et son succès est fulgurant. 

On trouve de tout... et du n'importe-quoi

Wish apparait partout sur nos écrans, y compris sur les télévisions pendant la Coupe du monde. L'entreprise s'est même offert l'image de stars du football. Ainsi a-t-on pu admirer des Neymar, Pogba et autres Gareth Bale déballer leurs livraisons avec gourmandise avant un match ou au cours d'une mi-temps. 

Le logo de l'application s'affiche en grosses lettres bleues sur les cartons amoncelés par milliers. Ils contiennent toutes sortes de produits, fabriqués en Chine pour la plupart, du plus courant au plus insolite, des pantoufles licorne à la chauve-souris sous verre, en passant par une véritable collection de dents... 

Quant à cet autre internaute, il est ravi de tenir entre ses mains une coupe du monde "en résine" aux finitions exemplaires, achetée 36 euros (frais de port inclus), "dans l'euphorie" des premières victoires des Bleus.

Le youtubeur en a conscience, "la plupart du temps ce sont des contrefaçons, et il ne faut pas s'attendre à de la grande qualité". "Il y a deux catégories d'acheteurs", constate Rodolphe Bonnasse, expert en e-commerce. Il y a ceux qui "savent à quoi s'en tenir" et font le pari de payer très peu cher des produits, en sachant que la promesse ne sera pas nécessairement tenue. Finalement, conscients des risques, ils misent peu. 

À l'inverse, il y a les consommateurs habitués aux règles traditionnelles du commerce. Résultat : sur Youtube, entre deux pubs Wish, on trouve de nombreuses vidéos d'internautes scandalisés à la réception de leur achat. Car à l'arrivée, une fois le colis au packaging approximatif déballé, la qualité est tout aussi aléatoire. 

Parfois, l'article reçu n'est même pas celui qui avait été commandé. Ainsi, cette jeune femme n'a plus que ses yeux pour pleurer lorsqu'elle reçoit ce manteau, certes vert, mais d'une  texture, d'une forme et d'une couleur bien éloignées de la photo présentée sur le site. Tout comme cette autre cliente qui regrette que sa coque de téléphone ressemble davantage à un chiffon en forme de smartphone. 

Sur Twitter, c'est même presque devenu une expression. "Tu l'as acheté sur Wish ou quoi ?!", se moque cet internaute en voyant la photo d'un croissant à l'apparence douteuse. 

En effet, Wish ne garantit en rien la qualité des produits affichés sur son site, mais seulement "la mise en relation entre les marchands et les consommateurs", explique Rodolphe Bonnasse. "Il se retrouve avec tous les bénéfices du vendeur sans jamais en avoir les inconvénients", ajoute-t-il. Ainsi, "lorsqu'il y a remboursement, ce sera à la charge du commerçant". Il s'agit d'un commerce 100% dématérialisé, "sans entrepôt, ni livreurs".

Big data et gros millions

Pourtant, la formule Wish fonctionne. Le site d'e-commerce est visité par 7 millions d'utilisateurs chaque mois, selon Mediamétrie, et l'application a déjà rejoint la cour des grandes plateformes françaises pour se positionner en numéro deux derrière Le Bon Coin

Derrière le succès, il y a une vision, portée par le PDG de l'entreprise, Peter Szulczewski, celle des "millions d'invisibles" ignorés par les "élites technologiques". Le président revendique une cible, les acheteurs à faibles revenus désireux d'accéder aux technologies dernier cri. Et surtout, il y a de gros millions d'investissements : 100 millions de dollars dépensés chez Facebook. Wish ne craint pas d'y mettre le prix pour multiplier les annonces ciblées sur les réseaux comme Google ou Pinterest.  

La valeur de Wish est dans l'information récoltée sur les consommateurs

En réalité, "Wish détient la clé du commerce mondial : la data". "Avec leurs 300 millions de clients, ils arrivent à savoir qui ils sont, ce qu'ils ont acheté, ce qu'ils aiment et pourquoi ils l'ont acheté, et avec cette information exceptionnelle, ils arrivent à conquérir de nouveaux commerçants pour les mettre en relation avec les clients", décrypte Rodolphe Bonnasse.

Les informations de ses clients, c'est de l'or dans les mains de la "start-up de San Francisco", qui a réalisé un milliards de dollars de chiffre d'affaires l'année dernière, selon son PDG. C'est peu, lorsqu'on connait sa valorisation : Wish aurait déjà refusé des offres d'achat d'Alibaba et d'Amazon, allant jusqu'à 10 milliards de dollars. Cette valeur, Wish la doit à "l'information qu'il récolte, génère et revend". Sa valeur "n'est pas tellement dans le chiffre d'affaires réalisé que dans l'information récoltée", conclut-il.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.