Le fabricant japonais de pneumatiques Bridgestone a annoncé mercredi vouloir entamer des discussions en vue de la fermeture de son usine de Béthune dans le Pas-de-Calais en raison de la faiblesse de la demande et d'une forte concurrence. Le maire parle d'une "humiliation" et les salariés sont sonnés par cette annonce.

Le site de Bridgestone à Béthunes
Le site de Bridgestone à Béthunes © AFP / Denis Charlet

L'usine Bridgestone à Béthune a été mise en service en 1961 et emploie aujourd'hui 863 personnes. Elle a une capacité de production d'environ 17 000 pneus par jour selon la direction de Bridgestone.  L'impact financier de la fermeture du site n'a pas été précisé dans le communiqué de la firme mercredi soir. 

Ce jeudi matin, sur place, c'est la gueule de bois. La fermeture est annoncée à l'horizon 2021. Le groupe évoque une surproduction en Europe et une concurrence des marques asiatiques à bas coûts. Il assure vouloir limiter le nombre de licenciements grâce à des mesures de pré-retraitre ou de reclassement. 

"Les investissements étaient dérisoires, alors que les autres sites bénéficiaient de nouvelles machines". 

Mais pour les élus comme pour les salariés et leurs représentants syndicaux, c'est une véritable catastrophe : un "assassinat" pour le président de la région Xavier Bertrand. "C’est quelque chose qu'ils ont en tête depuis déjà un petit moment. Ils nous ont menti comme des cyniques qu'ils sont, les dirigeants de Bridgestone", a réagi ce mercredi sur franceinfo, Xavier Bertrand. "En novembre 2019", a-t-il poursuivi, "j’avais alerté le gouvernement qui avait accepté que l’on convoque les dirigeants de Bridgestone. Il nous avait dit les yeux dans les yeux : "Vous savez, le marché est franchement pas très bon, mais à court et moyen terme, vous n'avez rien à craindre pour l'usine de Béthune". Ils nous ont clairement menti. Cette annonce brutale ne peut absolument pas être mise sur le dos de la crise sanitaire qu'on a traversée".

C'est une "humiliation" pour le maire de Béthune et une "trahison" pour le gouvernement. Pour les salariés du site, c'est un énorme coup de massue.

La ministre déléguée à l'Industrie Agnès Pannier-Runacher a annoncé jeudi sur France Bleu Nord qu'une réunion "pourrait se tenir lundi" avec les dirigeants européens de Bridgestone. 

"Depuis un an ou deux, dans l'usine ça ne tourne plus" explique Stéphane Lesix, le secrétaire du Comité Social et Economique de l'entreprise, "niveau qualité, c'était devenu une catastrophe. On ne voyait plus le directeur, ni le directeur de production. C'était fait d'avance, car chez nous les investissements étaient dérisoires, alors que les autres sites bénéficiaient de nouvelles machines. Quand on veut tuer son chien, on dit qu'il a la rage. C'est ce qui s'est passé". 

Elus et gouvernement demandent au groupe de réviser sa copie

Depuis des années, la production de pneus à Béthune est en chute libre. Et la crise sanitaire n'y est pour rien. Certes, on vend moins de voitures, les gens roulent moins et changent moins les pneus de leurs véhicules. Mais les syndicats dénoncent un désengagement du groupe japonais depuis plusieurs années. A Béthune, disent-ils, on fabrique des pneus de Renault 4L que plus personne n'achète. 

L'Etat et les collectivités locales sont prêts à aider le fabriquant de pneus à investir à Béthune, à condition, dit Xavier Bertrand que Bridgestone joue le jeu. A condition aussi, disent les syndicats, que l'emploi soit garanti ! 

Agnès Pannier-Runacher attend donc que le groupe revoit sa copie. "La première phase est de reposer la question de l'avenir industriel à Bridgestone et de lui demander de nous présenter des scénarios alternatifs." "Je veux d'abord un projet industriel" avant de mettre de l'argent public, souligne la ministre déléguée à l'Industrie, qui précise que, pour le moment, l'industriel n'a pas fait de proposition. Elle compte bien faire pression pour trouver une solution. "Si la perspective de la fermeture devient très difficile et très coûteuse pour Bridgestone, en tout état de cause, ils reviendront à la table des négociations."