Le fabriquant de pneumatiques a annoncé la fermeture prochaine de son site de Béthune, dans le Pas-de-Calais. L'avocat Fiodor Rilov, invité du journal de 13h de France Inter, charge le "cynisme" de Bridgestone, et annonce la mise en place de leviers, "y compris judiciaires", pour empêcher le projet.

Fiodor Rilov avait notamment défendu les salariés de Continental.
Fiodor Rilov avait notamment défendu les salariés de Continental. © AFP / JOEL SAGET

Le groupe Japonais Bridgestone a annoncé mercredi la fermeture à l'horizon 2021 de son usine de Béthune (Pas-de-Calais), qui emploie 863 personnes dans la fabrication de pneumatiques pour voitures. Le gouvernement et le président de la région Hauts-de-France Xavier Bertrand ont dénoncé de concert "la brutalité" de l'annonce. Dans un communiqué commun, fait rare, "ils en contestent" aussi "la pertinence et les fondements".

Fiodor Rilov, avocat spécialisé dans la défense des salariés et engagé à gauche, qui a notamment défendu les salariés de Continental, a répondu aux questions de Marion L'Hour dans le journal de 13h sur France Inter. Il dénonce un "cynisme absolument scandaleux" et annonce que le groupe Bridgestone va devoir faire face à une "résistance absolument exemplaire".

FRANCE INTER : Que pensez-vous de la fermeture annoncée de Bridgestone, avec 863 personnes qui vont se retrouver sans doute sur le carreau ?

FIODOR RILOV : "Bridgestone, c’est 30 milliards d’euros de chiffre d‘affaire au niveau mondial. C’est 3 milliards d’euros de bénéfices. C’est le groupe le plus puissant et le plus riche de l’industrie du pneumatique. Les ouvriers de Béthune sont parmi les plus productifs de l’ensemble du groupe, ça a été reconnu maintes et maintes fois. Avec des bénéfices aussi considérables, le groupe trouve le moyen, avec un cynisme absolument scandaleux, de dire qu’il n’a pas le choix et qu’il doit fermer ? Mais comment, évidemment qu’il a le choix. Évidemment qu’il a la possibilité de mettre en place dans cette usine tous les équipements nécessaires pour que ce site progresse au même rythme que tous les autres sites de Bridgestone en Europe."

La direction dit qu’il n’y avait pas le choix, que les pneus que fabrique cette usine de Béthune ont une demande en baisse et qu’il faudrait complètement refaire l’usine pour faire face au changement dans la demande mondiale…

"Cette argumentation est absurde. Parce que tous les ans, dans tous les sites de production de pneus dans le monde, on modifie en permanence les pneus qui sont fabriqués. Ça n’a aucun sens de dire qu’on ne peut pas adapter cette usine à la nouvelle production qui est à l’ordre du jour. Ça n’a strictement aucune cohérence. La vérité, c’est qu’ils souhaitent fermer ce site depuis longtemps. Les salariés d’ailleurs le savent. Aujourd’hui, Brigestone a décidé de passer à l’action parce qu’il pense profiter de l’effet d’aubaine - c’est considéré comme ça par la direction - de la crise Covid. Ils se trompent lourdement, parce qu’ils vont avoir face à eux une résistance absolument exemplaire. Comme les Continental, comme les Goodyear."

Le gouvernement dit qu’il est mobilisé. Il va recevoir peut-être lundi les dirigeants Europe du groupe Bridgestone. Que peut faire le gouvernement, a-t-il vraiment des moyens d’agir ?

"Il peut faire autre chose que nous offrir des réactions, là aussi, d’un cynisme totalement stupéfiant. Bruno Le Maire, ministre de l'Économie, dit qu’il trouve absolument scandaleux que les dirigeants ferment l’usine. Mais en même temps, il a contribué avec l’ensemble du gouvernement à démanteler le Code du travail, faire en sorte que des groupes comme Bridgestone soient aujourd’hui en mesure de réaliser des fermetures d’usine sans quasiment rencontrer aucun obstacle juridique sur leur chemin. C’est là aussi insupportable.

La mobilisation des salariés ne va donc pas simplement se diriger contre la direction de Bridgestone. Elle va aussi se diriger contre le gouvernement, pour qu’il prenne enfin des mesures réelles qui permettent de stopper les fermetures d'usines. Le conseil régional des Hauts-de-France a investi des sommes considérables dans ce site. Tout ça peut être réclamé par l’État. Donc il y a évidemment plein de leviers, y compris judiciaires, qui seront mis en œuvre pour que ce projet ne puisse pas se réaliser."

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