EDF pourra mettre en service le réacteur EPR de Flamanville fin 2018, mais l'Autorité de sûreté nucléaire demande de changer le couvercle de la cuve avant 2024 au plus tard.

Un employé d'EDF devant le site de l'EPR de Flamanville, dont le démarrage du réacteur est prévu en 2018.
Un employé d'EDF devant le site de l'EPR de Flamanville, dont le démarrage du réacteur est prévu en 2018. © AFP / CHARLY TRIBALLEAU

C'est un avis préliminaire en forme de "Oui...mais".

Après deux ans de travail, les experts de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) ont remis un premier avis sur l'avenir de l'EPR de Flamanville (Manche) , l'avis final devant être rendu en octobre.

Changer le couvercle d'ici à 2024

L'ASN indique que le réacteur est apte au service ; il pourra donc démarrer fin 2018, avec un retard de six ans sur le plan initial et un coût trois fois plus élevé que prévu (10,5 milliards d'euros).

Mais EDF devra procéder à des contrôles périodiques supplémentaires sur le fond de cuve et devra envisager le remplacement du couvercle d'ici 2024.

En 2015, l'ASN avait en effet révélé que le fond et le couvercle de la cuve présentaient de fortes concentrations en carbone, là où se produit la réaction nucléaire, ce qui fragilise la résistance aux chocs thermiques.

Areva a depuis mené des milliers de tests, dont les résultats ont été analysés par des experts.

Pierre Franck Chevet, président de l'ASN, a expliqué en conférence de presse : "Le fond de la cuve comme le couvercle présentent des marges suffisantes vis à vis du risque de rupture brutale; au vu de cela on peut envisager et autoriser leur mise en service. Mais ces marges sont réduites par rapport à ce que seraient les marges d'une cuve normale, sans anomalie. Pour le fond de la cuve, on peut se prononcer favorablement sur l'utilisation pérenne. Pour le couvercle de la cuve, la faisabilité de contrôle en service n'est nullement acquise, dans ces conditions, nous considérons que le couvercle ne peut être utilisée que pour une durée limitée."

Un couvercle de cuve mettant environ sept ans à être livré (et coûtant plusieurs centaines de millions d'euros), l'ASN demande donc un changement du couvercle d'ici à 2024.

L'ASN reconnait des pressions compte tenu les enjeux industriels, à la fois d'EDF mais aussi des anti-nucléaires.

"Tout est frauduleux"

Ce mercredi, une vingtaine de militants de Greenpeace se sont d'ailleurs réunis devant la centrale de Flamanville pour interpeller le ministre de la Transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot. Ils dénoncent un passage en force.

Yannick Rousselet, chargé des questions d'énergies, au sein de Greenpeace, interrogé par Adrien Bossard, pointe les zones d'ombres de cet EPR.

L'ASN est la seule décisionnaire sur la cuve de l'EPR. L'avenir de la filière nucléaire française repose sur ses épaules puisque si la cuve n'est pas autorisée, l'ensemble des projets d'EDF et d'Areva tombent par terre. Tout dans cette affaire est frauduleux, l'ASN a elle-même dénoncé EDF et Areva sur le fait qu'ils dissimulaient des informations. Et qui a mené les tests? C'est encore EDF et Areva ! C'est la confiance de la gouvernance de la sûreté nucléaire en France qui a été remise en question.

Les anti-nucléaires accusent donc l'ASN d'accommoder EDF. Ce à quoi l'ANS répond : "Demandez à l'exploitant s'il voulait changer le couvercle de la cuve".

"On joue à la roulette russe"

Pour Juliette Mijeon, porte-parole du réseau Sortir du nucléaire, l'ASN joue avec le feu.

La cuve est un équipement censé être à toute épreuve, car en cas de rupture, on ne peut plus rien faire. Là, l'ASN se prépare à autoriser six ans de fonctionnement d'un couvercle défectueux dont on ne pourra pas contrôler l'état; cela s'appelle jouer à la roulette russe.

Dans une pétition en ligne, signée par plus de 35 000 personnes, le réseau Sortir du nucléaire demande toujours à l’ASN de ne pas homologuer la cuve.

La cuve de l'EPR de Flamanville validée, le couvercle en sursis
La cuve de l'EPR de Flamanville validée, le couvercle en sursis © Visactu
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