C'est la fin de l'histoire pour Carrefour en Chine. L'enseigne française de la grande distribution, installée dans le pays depuis 1995, a indiqué hier dimanche qu'elle avait vendu ses 234 magasins dans le pays. Analyse de ce retrait.

Carrefour a annoncé dimanche avoir céder 80 % de sa filiale chinoise au groupe Suning.com.
Carrefour a annoncé dimanche avoir céder 80 % de sa filiale chinoise au groupe Suning.com. © AFP

Arrivé en Chine en 1995 à l'époque où le marché chinois et ses 1,4 milliards d'habitants faisaient fantasmer toutes les enseignes de la grande distribution, Carrefour a décidé, quasi 25 ans plus tard, de jeter l'éponge en cédant ses 234 magasins. La marque comptait bâtir son succès sur son image française mais l’enseigne n'a pas vu venir le virage du numérique et accuse le coup. 

Carrefour a en effet vu son chiffre d’affaire chuter de 30 % entre 2010 et 2016 et de 10 % en 2018. C’est Suning, numéro un chinois de l'électroménager, propriétaire de plus de 8000 magasins et troisième site chinois de e-commerce qui a racheté les magasins. La vente, une fois les frais retirés, devrait rapporter 620 millions d'euros à l’enseigne française. 

C’est en tout cas un manque de clairvoyance fatal dans le pays ou le commerce digital est le plus développé au monde et qui a fait de ce supposé eldorado un enfer économique, analyse Yves Puget, directeur de la rédaction du magazine LSA, spécialisé dans le commerce et la consommation. 

FRANCE INTER : Pouvait-on s’attendre à cette annonce et ce retrait de Carrefour ? 

YVES PUGET : "C’est une demi surprise. Globalement, on voit beaucoup de distributeurs français se retirer. Il ne faut pas oublier que Auchan a fait de même en Italie récemment. Mais la surprise n’est pas totale puisque c’est dans la tendance. Les distributeurs français ont voulu planter des drapeaux dans tous les pays et aujourd’hui, ça s’inverse complètement." 

FRANCE INTER : C’est donc la fin de l’eldorado chinois ?

"En 1995, tout le monde en parlait. Mais on s’aperçoit que c’est un marché qui est compliqué, pour des raisons d’État, de concurrence. Et quand on regarde le chiffre d’affaire en Chine de Carrefour, il tourne autour de trois milliards d’euros. Ça semble important pour nous mais finalement c’est très peu au niveau chinois, même pas 1 % du marché. Si l’on veut un exemple en France, c’est deux fois moins d’Amazon chez nous donc finalement, Carrefour ne pèse pas grand chose et l’entreprise en est là : ce qui ne sera pas rentable dans les années qui viennent, autant s’en retirer pour investir autrement et peut-être de nouveau en France." 

FRANCE INTER : En effet, ils font face à un manque de rentabilité en Chine mais manquent de moyen pour se développer en France…

"C’est hélas la conclusion de cette phase des années 1990. Ils ont tous voulu aller à l’international, souvent avec succès, il faut le souligner, mais ils ont souvent oublié d’investir dans leurs magasins en France. Donc on a un parc vieillissant, il va falloir trouver des solutions financières pour le rénover. On voit qu’aux Etats-Unis, tout le monde pensait que Walmart serait terrassé par Amazon mais la marque revient en force tout simplement parce qu’ils ont rénové leur parc et investit dans le digital. C’est très bien de se désengager de quelque chose qui n’est pas rentable, mais la vraie question est de savoir ce qu’ils vont faire avec l’argent récupéré. Est-ce que c’est pour rembourser de la dette, réinvestir dans le digital, dans des magasins ou pour racheter des magasins en France." 

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