Myriam El Khomri dit avoir déjà rempli 75% de son objectif : fournir une formation à un million de chômeurs cette année. Un enfumage statistique, pour les syndicats de Pôle Emploi.

Agence Pôle emploi Beaumarchais, dans le XIe arrondissement de Paris
Agence Pôle emploi Beaumarchais, dans le XIe arrondissement de Paris © Maxppp / Vincent Isore

Le plan s’intitulait « plan 500 000 » et visait à doubler le nombre de chômeurs ayant accès à une formation, pour atteindre le million d’ici à la fin 2016.

Au 20 octobre, la ministre du Travail livre des chiffres, et s’en félicite : selon les données de Pôle Emploi, il y a eu 740 000 entrées ou inscriptions en formation depuis le début de l’année, soit :

  • 450 000 personnes formées ou en cours de formation
  • 209 000 inscrits à une formation qui va commencer avant la fin de l’année
  • 48 000 accompagnements à une création d’emploi
  • 33 000 contrats de professionnalisation signés.

Résultat des courses, le rythme des entrées en formation a bien doublé depuis septembre par rapport à la même période en 2015.

90% des formés sont "satisfaits"

Parmi ces formations, les plus demandées concernent la création d’entreprise. Viennent ensuite les métiers de la logistique/manutention, la sécurité, le bâtiment et les services à la personne. Des emplois peu qualifiés mais où il existe une forte demande.

Le gouvernement dégaine enfin l’ultime statistique : 89,1% des formés se disent satisfaits de leur formation, et presqu’autant indiquent qu’elle leur a permis de conforter leurs compétences professionnelles ou d’en acquérir de nouvelles.

Tout irait donc pour le mieux dans le monde de la formation des chômeurs, érigée en levier-clé par François Hollande pour inverser la courbe du chômage ?

Les syndicats accuse El Khomri de "cacher la misère"

A Pôle Emploi, l’auto-satisfaction de Myriam El Khomri ne semble pas contagieuse, en tous cas pas au syndicat SNU-FSU. Son délégué central Jean-Charles Steyger met en en garde, sur France Inter, contre ces chiffres qu’il juge trompeurs. Selon les informations recueillies par les agents de Pôle Emploi, il n’y aurait pas, pour le moment, plus de 230 000 chômeurs bénéficiant des formations du « plan 500 000 » lancé par François Hollande lors des derniers vœux du Nouvel An. " La quantité n’est pas au rendez-vous, et encore moins la qualité : on parle de formations d’une durée moyenne de deux ou trois mois. Autant dire qu’on est loin de l’objectif qui est de donner une qualification diplômante et durable aux demandeurs d’emploi pour les sécuriser."

A La CGT Pôle Emploi, Nadège Habti précise : "Ce sont beaucoup de préparations à des formations plus longues, trois mois de pré-formation au diplôme d’auxiliaire de vie, au CAP Cuisine ou Pâtisserie par exemple. En aucun cas ça ne vous assure l’obtention du diplôme, et encore moins un travail. Pour peu que Pôle emploi refuse ensuite de financer la vraie formation, ça ne sert absolument à rien.» Ou si, précise la syndicaliste : "Ça permet au gouvernement de gagner du temps, de faire croire qu’on finance des formations qui n’en sont pas vraiment. On peut cacher la misère comme ça plusieurs mois".

"Déontologiquement, c'est une honte"

Autre sujet de scepticisme, pour Jean-Charles Steyger, le fait que cet afflux de chômeurs en formation ne se retrouve pas dans les chiffres du chômage de ces derniers mois : un demandeur d’emploi qui entre en formation passe de la catégorie A à la catégorie E. Et l’on n’a pas observé de tels mouvements de masse au cours de l’année. "On aurait vu la courbe complètement s’infléchir, et ça n’a pas été le cas", conclut Jean-Marc Steyger. Son syndicat, le SNU-FSU, demande une réorientation des budgets de formation, pour ajuster les offres aux besoins de ceux qui en ont le plus besoin : "Il y encore des demandeurs d’emploi à qui l’on refuse des formations, parce qu’elles sont trop longues ou trop coûteuses", rappelle le syndicaliste.

Même déception à la CGT-Pôle Emploi, où Nadège Habti déplore l'empressement du gouvernement à multiplier les formations courtes : "Déontologiquement, c’est une honte, on nous demande de faire ça à l’échelle industrielle, sans prendre le temps du diagnostic personnalisé. On nous oblige à convoquer des demandeurs d’emploi à des formations qu’ils n’ont pas demandé, pour remplir des formations achetées que nous n’arrivons pas à remplir".

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