[scald=68615:sdl_editor_representation]par Julien Toyer

BRUXELLES (Reuters) - La France et l'Allemagne se sont donné jusqu'à fin janvier pour parvenir à une union budgétaire renforcée de la zone euro, un projet qui pourrait passer par la mise en quarantaine de plusieurs pays et a suscité lundi des réactions négatives parmi les membres de la monnaie unique.

Selon des sources au fait des échanges entre Paris et Berlin, les deux pays envisagent de contourner une révision en bonne et due forme des traités européens - un processus qui durerait 18 mois a minima - en planchant sur un mini-traité en dehors du cadre communautaire, plus flexible et plus rapide à mettre en oeuvre.

Cette démarche est en grande partie dictée par le calendrier des émissions obligataires européennes début 2012 et par la perspective de voir la monnaie unique s'effondrer, alors que la pression des marchés se porte désormais sur les pays disposant de la note maximale AAA et sur l'Allemagne.

Face à ces incertitudes, les investisseurs étrangers se sont détournés ces dernières semaines des obligations en euro et les banques européennes ont accéléré leur vente d'actifs obligataires, le risque d'un nouveau "credit crunch" ne faisant que renforcer cette tendance.

L'Italie, troisième économie de la zone euro et parmi les plus vulnérables, doit refinancer pas moins de 150 milliards d'euros de sa dette entre février et avril, ce qu'elle ne pourra faire si son taux de refinancement demeure à 8%.

Le président du directoire de la Deutsche Bank, Josef Ackermann, également à la tête de l'Institut de la finance internationale, le lobby bancaire, a transmis la semaine dernière ses vives inquiétudes à ce sujet au président du Conseil européen Herman Van Rompuy, selon une source qui a eu connaissance de leur entretien.

Si la situation politique de la zone euro n'est pas clarifiée dès le début d'année, alors la crise pourrait devenir incontrôlable, lui a-t-il dit.

Dès lors, l'organisation d'un sommet européen fin janvier ou début février afin de mettre en musique les annonces politiques que Paris et Berlin feront au cours des prochains jours n'est plus exclue, disent plusieurs sources.

GROUPES DE PAYS

Ces annonces franco-allemandes devraient à la fois détailler une feuille de route afin de parvenir en quelques semaines seulement à un nouveau pacte d'intégration budgétaire et fiscal de la zone euro, un processus qui ouvrirait la voie à des émissions obligataires communes.

Après les déclarations de Nicolas Sarkozy et Angela Merkel la semaine dernière invitant à s'abstenir de tout commentaire "positif ou négatif" sur le rôle que doit jouer la Banque centrale européenne dans la gestion de la crise, ce point devrait être laissé de côté.

En revanche, le débat est rouvert sur la possibilité d'impliquer le secteur privé dans le sauvetage d'un pays dans le cadre du Mécanisme européen de stabilité.

Le plan franco-allemand pourrait aussi prévoir un traitement différencié pour plusieurs pays, expliquent des sources au fait des discussions.

Le coeur du nouveau dispositif, même si Berlin a démenti lundi plancher sur des obligations communes aux seuls pays "triple A", serait constitué par l'Allemagne, la France, les Pays-Bas, la Finlande, l'Autriche et le Luxembourg, les six pays disposant de cette note.

Viendrait ensuite un groupe de pays - Italie, Espagne, Belgique, Irlande et Portugal - mis sous une assistance respiratoire de la zone euro plus ou moins importante et s'engageant à exécuter des plans de réduction de leur dette en échange de la solidarité de leurs pairs.

Les petits pays nouvellement arrivés dans la monnaie unique et dont certains se sont parfois montrés réticents à soutenir les autres membres en difficulté - Slovaquie, Slovénie, Estonie, Malte et Chypre - seraient quant à eux invités à renoncer à leur droit de veto dans les décisions afin de refléter leur poids économique moindre.

Enfin, le gros point d'interrogation porte sur la Grèce, dont non seulement les conditions économiques et budgétaires mais également l'histoire compliquée vis-à-vis de l'Europe suscitent de questions à Paris et à Berlin quant à sa survie au sein de l'euro.

OPPOSITIONS

Officiellement, la France et l'Allemagne continuent d'insister sur leur volonté de proposer d'ici au 9 décembre, date du prochain sommet européen, une révision limitée du traité de Lisbonne, et démentent tout plan alternatif.

Leurs partenaires au sein de la zone euro et la Commission européenne n'ont toutefois pas attendu pour réagir aux informations autour d'un tel plan, que Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ont commencé à pousser en coulisses dès le sommet européen du 21 juillet.

Le président de l'Eurogroupe, Jean-Claude Juncker, a qualifié de "très mauvaise idée" tout projet consistant à contourner les traités européens actuels.

"Je ne pense pas que nous serions avisés de rechercher des instruments en dehors du traité", a-t-il dit.

Il a toutefois reconnu qu'une démarche entre les seuls membres de la zone euro pourrait être nécessaire.

"Mais essayer de diviser les 17 membres de la zone euro et les organiser en deux groupes différents me semble être une très mauvaise idée", a-t-il poursuivi.

Le Premier ministre finlandais, Jyrki Katainen, a lui aussi dit être opposé à cette perspective, tout comme la Commission européenne qui a renouvelé ses appels à l'unité.

Edité par Dominique Rodriguez

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