[scald=62665:sdl_editor_representation]par Jean-Baptiste Vey

PARIS (Reuters) - François Hollande a porté le fer mercredi contre Nicolas Sarkozy en présentant ses priorités pour relancer l'économie et réguler le système économique et financier après un G20 sous présidence française qu'il juge comme un échec.

Favori des sondages pour l'élection présidentielle de 2012, le candidat socialiste a promis d'interdire aux banques de traiter avec les fonds spéculatifs et les paradis fiscaux, de réguler strictement les produits dérivés et d'apporter une réponse offensive et différente à la crise de la zone euro.

Face au ralentissement de l'activité économique, il a déclaré que son projet présidentiel serait mis en oeuvre au rythme permis par la croissance, et a ironisé sur l'accélération de la rigueur budgétaire par le chef de l'Etat.

"On ne tient pas un discours de vérité - et encore, il y aurait à vérifier - à la fin d'un mandat! On ne peut pas adopter le discours churchillien à la fin de la guerre!", a-t-il dit lors d'une conférence de presse, en référence au Premier ministre qui avait promis en 1940 aux Britanniques "du sang, de la peine, des larmes et de la sueur".

Loin d'être l'apogée de l'action de Nicolas Sarkozy à l'international, "le G20 de Cannes a été un échec", a-t-il dit, aucune avancée n'ayant été enregistrée sur la régulation financière, le système monétaire ou les matières premières.

"Sur la croissance, l'activité et l'emploi, il n'y a pas eu de politique concertée, coordonnée à l'échelle du monde."

"C'est la confirmation des limites de la méthode de Nicolas Sarkozy", a-t-il dit. "Les proclamations ne peuvent pas valoir politique, les déclarations ne se transforment pas par miracle en actes, les dénonciations ne vont pas jusqu'aux sanctions."

Première priorité abordée, le contrôle des activités financières, à travers une régulation stricte des produits dérivés et la limitation des activités des banques françaises.

LISTE NOIRE

"Les produits financiers dérivés ne devraient être autorisés que pour les seules couvertures des besoins réels des agents économiques" et être interdits quand ils servent à spéculer.

Quant aux fonds spéculatifs, il faut "établir une liste noire des hedge funds et interdire aux banques françaises de financer ce type de fonds extérieurs", a-t-il dit. "Le principe que je poserai c'est qu'aucune banque ne doit être en relation avec un fonds qui n'est pas sur un marché organisé."

"Aucune banque ne devrait pouvoir travailler avec un pays qui abrite un paradis fiscal", a-t-il ajouté. "Dès lors, aucune banque française ne pourrait entretenir quelque relation que ce soit avec d'autres établissements installés dans des paradis fiscaux".

Il a répété qu'il séparerait les activités de banque d'affaires des activités de banque de dépôt et créerait "le plus tôt possible" une taxe sur les transactions financières.

Face à la crise de la zone euro qui n'est pas terminée, il s'est prononcé pour que la Banque centrale européenne puisse acheter des dettes de pays en difficulté qui respectent la discipline budgétaire. Et pour la création d'euro-obligations.

"S'il y a des eurobonds, il y aura forcément une gouvernance budgétaire (européenne) mais sans les eurobonds, nous aurons la gouvernance budgétaire (...) sans la contrepartie", a-t-il dit.

Les autorités allemandes s'opposent farouchement à ces deux idées, répondant à une opinion publique de plus en plus hostile à financer les pays de la périphérie de la zone euro, et pour éviter de les inciter à freiner leur redressement budgétaire.

SUPPRESSION DU PAQUET FISCAL DE LA DROITE

Quant à la BCE, qui achète presque chaque jour des obligations de pays comme l'Italie, elle assure ne le faire que de façon exceptionnelle et limitée pour rétablir des mécanismes de transmission de la politique monétaire aujourd'hui grippés.

Les autorités françaises sont bien plus souples que les allemandes sur les euro-obligations, une idée qui vise à aider les pays sous tension à se financer en profitant de la crédibilité des économies les plus solides de la zone.

Elles considèrent qu'il s'agit d'une mauvaise réponse à la crise dans l'immédiat mais qu'elle sera probablement valable une fois que les pays auront remis en ordre leurs finances.

François Hollande a dit qu'il présenterait au lendemain de son élection une loi de programmation sur cinq ans pour réduire les déficits et tendre vers l'équilibre financier en 2017.

"Ce plan sera juste", a-t-il dit, en défendant son projet de réforme fiscale qui supprimera le 'paquet fiscal' mis en place par la droite, harmonisera fiscalités du travail et du capital, plafonnera les niches, réformera les prélèvements sociaux et les prélèvements sur les entreprises, tout en soutenant l'investissement, en priorité pour les PME.

"La France n'est pas protégée parce qu'elle n'est pas bien présidée", a-t-il ajouté, déplorant la hausse de 500 milliards d'euros de la dette publique de la France sous Nicolas Sarkozy.

"Je suis pour la maîtrise des déficits et de la dette parce qu'il s'agit de notre souveraineté et de la vie concrète de nos concitoyens", a-t-il ajouté.

Avec la politique menée par le gouvernement actuel, "nous sommes dans un cycle infernal", a poursuivi le candidat socialiste dénonçant les mesures d'austérité annoncées lundi, mal conçues et mal ciblées et qui affecteront la croissance.

Le ralentissement économique entraînera "une organisation dans le temps, une recherche du taux de croissance le plus élevé durant le quinquennat et, en fonction de la croissance, nous pourrons déployer les propositions qui auront été présentées dans le projet présidentiel", a-t-il ajouté.

Edité par Yves Clarisse

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