Le gouvernement reprend la main sur l'assurance chômage en s'attaquant aux contrats courts et aux règles d'indemnisation. En s'appuyant sur une donnée qui interroge : selon lui, un allocataire sur cinq perçoit un revenu plus élevé en étant au chômage qu'en travaillant. Qu'en est-il vraiment ?

Le gouvernement prévoit de remettre à plat les règles d'indemnisation des demandeurs d'emplois à l'été 2019
Le gouvernement prévoit de remettre à plat les règles d'indemnisation des demandeurs d'emplois à l'été 2019 © AFP / PASCAL GUYOT

De nouvelle règles seront applicables dès cet été pour le calcul des indemnités chômage, a annoncé mardi le Premier ministre Édouard Philippe, accompagné de la ministre du Travail, Muriel Pénicaud. Cette dernière reçoit dès cette semaine les leaders syndicaux et patronaux, pour une phase de diagnostic, qui, juge-t-elle, n'a pas été assez creusé ces quatre derniers mois. 

Qui touche quoi ?

La moitié des allocataires touche moins de 860 euros nets par mois. 45% touchent entre 860 et 1 810 euros. Seuls 5 % des allocataires touchent donc plus de 1 810 euros nets chaque mois. 

Il existe également un plafond. À ce jour, il se situe à 6 615 euros nets mensuels, une somme qui est "versée à 0,05 % des bénéficiaires", précise l'Unedic, soit un millier d'allocataires sur les 2,7 millions de personnes qui sont aujourd'hui indemnisées au titre de l'Assurance chômage. Les cadres représentaient, en 2017, 43 % de la masse salariale soumise à contribution sur l'assurance chômage.

Comment se calcule l'allocation

Aujourd'hui, l'allocation minimale versée est de 29,06 euros par jour pour un demandeur d'emploi qui a travaillé à temps plein sur une durée suffisamment longue pour en être bénéficiaire. Le montant de l'allocation d'aide au retour à l'emploi (ARE) est calculé à partir de votre salaire journalier de référence (SJR). Ce salaire de référence prend en compte tous vos salaires bruts perçus au cours des 12 derniers mois, primes comprises, mais hors indemnités liées à la rupture de votre contrat.

En moyenne, précise l'Unédic, l'allocation nette correspond à 72 % de l'ancien salaire, sur la base d'un temps complet et le taux varie en fonction de l'ancien salaire : 79% pour un SMIC net et, par exemple, 64 % sur un salaire de 3 000 euros nets mensuels.

Comment expliquer la statistique du ministère ?

Un demandeur d'emploi sur cinq gagne t-il vraiment plus au chômage qu'en travaillant ? Prenons un exemple : entre la situation d'un chômeur qui aurait été salarié à mi-temps pendant douze mois et celle d'un chômeur salarié 15 jours par mois, tous les mois ( donc avec un contrat différent chaque mois), le ministère estime que le système actuel favorise le fractionnement des contrats. 

Car dans le premier cas, celui du salarié à mi-temps, on applique un coefficient de temps partiel.  Et pas dans l'autre. La salarié à temps partiel qui se retrouve sans emploi ne touchera que 740 euros par mois. Alors que le salarié qui cumule les contrats percevra 900 euros, plus que lorsqu'il travaillait. 

Mais ce qu'il ne faut pas oublier de préciser, c'est que le contrat de longue durée permet une indemnisation plus longue que les contrats courts. Dans notre exemple, le mi-temps sera indemnisé pendant douze mois, tandis que le salarié qui a cumulé les contrats courts pendant 12 mois ne sera indemnisé, lui, que pendant 6 mois. Son capital est grignoté plus vite parce qu'il a travaillé moins longtemps. 

Le gouvernement tient-il compte de cette donnée ? Inclut-il les chômeurs qui travaillent (la moitié des allocataires), et qui cumulent donc allocation et salaires ? L'Unédic a été bien en peine de trouver la moindre donnée qui confirme cette étonnante statistique.

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