Quelle issue politique à la crise des "gilets jaunes" ? Comment répondre à la colère qui s'exprime dans les rues de Paris ou sur les ronds-points de France ? Comment Emmanuel Macron réagira-t-il ? Il reçoit les partenaires sociaux lundi matin avant de s'exprimer.

Emmanuel Macron
Emmanuel Macron © AFP / Ludovic MARIN

Quelques 136 000 manifestants samedi comme une semaine auparavant, un record d'interpellations, des dégâts dans plusieurs villes : dans ce contexte, le président de la République, pressé de toutes parts d'intervenir après l'acte IV de mobilisation des "gilets jaunes", va recevoir lundi partenaires sociaux et élus, et devrait annoncer dans la soirée de nouvelles mesures face à cette crise mettant le pouvoir à l'épreuve.  

"Un moment grave pour la Nation"

Le Président "s'adressera à la Nation" lundi à 20h depuis le palais présidentiel, a indiqué l'Élysée. Il va présenter "des mesures concrètes et immédiates", a assuré dimanche la ministre du Travail Muriel Pénicaud qui a, cependant, écarté tout "coup de pouce" supplémentaire au Smic. 

Le président de la République recevra donc ce lundi matin à 10h les partenaires sociaux, à savoir tous les syndicats et les organisation patronales. Emmanuel Macron souhaite entendre leurs propositions "dans ce moment grave que traverse la Nation", selon l'Élysée. 

Ce rendez-vous concernent les cinq syndicats représentatifs (CGT, CFDT, FO, CFE-CGE et CFTC), ainsi que trois organisations patronales (Medef, CPME et U2P). Les présidents de deux assemblées, Sénat et Assemblée nationale, ainsi que les associations d'élus sont également conviés à l'Élysée.

Le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux, et le secrétaire d'État aux Relations avec le parlement, Marc Fesneau ont donné quelques pistes sur les annonces que fera Emmanuel Macron. 

Parlera-t-il directement aux "gilets jaunes" ? Donnera-t-il des clés sur le pouvoir d'achat et la représentativité ? 

Il doit "toucher le cœur des Français pour rassembler son peuple" a déclaré dimanche le secrétaire d'État aux Relations avec le parlement Marc Fesneau aulendemain de l'acte IV de la mobilisation des "gilets jaunes".  

Selon Marc Fesneau, Emmanuel Macron va formuler des "annonces concrètes, sur la procédure, la façon dont on va dialoguer avec les Français, peut-être aussi des mesures symboliques". Mais "les mesures sur le pouvoir d'achat, elles ne peuvent pas se décider toutes seules avec le gouvernement, mais avec les entreprises", a-t-il mis en exergue.  

Marc Fesneau évoque également des mesures d'accompagnement pour les commerçants qui subissent une perte de chiffre d'affaires en raison de la crise et des blocages. "Le premier bénéficiaire en termes de commerce, c'est sans doute Amazon" selon lui. 

Plus de dialogue

Le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux a plaidé dimanche pour bâtir des solutions "presque sur mesure" dans la crise des "gilets jaunes", à la fois immédiates et de long terme. 

"Les solutions que l'on doit trouver doivent tenir compte de la réalité de chaque individu. C'est presque du sur-mesure. Les colères qui s'expriment sont parfois de nature très différente d'un territoire à l'autre", a mis en avant Benjamin Griveaux, sur Europe 1. 

Il est convenu qu'il est difficile de comprendre les colères qui s'expriment depuis un "bureau parisien", et qu'"à l'évidence, [le gouvernement] a sous-estimé le besoin de nos concitoyens de prendre la parole, de dire les difficultés qui sont les leurs et d'être associés à la construction des solutions".  

Mais le temps de concertation qui suivra sera aussi important parce que même si les mesures annoncées par Emmanuel Macron "sont fortes, tous les problèmes qu'ont les personnes qui, sincèrement, ont enfilé un gilet jaune ne seront pas réglés d'un coup de baguette magique", a insisté le porte-parole.

Du 15 décembre et jusqu'au 1er mars étaient déjà prévu des concertations au niveau local. Benjamin  Griveaux a estimé que "si on se limite aux mesures d'urgence, on ne traitera que les symptômes". "Considérer qu'il suffirait de faire un chèque à ces personnes, c'est assez méprisant, c'est assez condescendant. La vie des gens est empêchée. On est assigné sur son territoire, dans sa condition sociale. On a l'impression que le progrès est réservé aux autres", a illustré Benjamin Griveaux dans ses propos, en plaidant également pour "remettre de la confiance dans notre système démocratique [...] qui a été sous la menace".

Plusieurs types de mesures économiques déjà à l'étude

Si un coup de pouce généralisé sur le SMIC semble improbable, d'autres outils sont à la disposition du gouvernement et de l'Élysée pour redistribuer du pouvoir d'achat sur les petits salaires. Autour du chef de l'État certains économistes lui conseillent d'augmenter par exemple la prime d'activité ou de mettre en place un système de primes de mobilité, pour les salariés qui font le trajet domicile-travail en voiture, et des primes de fin d'année, si les entreprises acceptent d'en verser, que l'État serait prêt à défiscaliser.

Faut-il agir sur les heures supplémentaires, et mieux les payer, tout en les exonérant de cotisations sociales ? Le gouvernement pourrait accélérer son calendrier et défiscaliser les heures supplémentaires dès le mois prochain (sans attendre septembre 2019).

Le minimum vieillesse serait également sur les tablettes du gouvernement ainsi qu'un geste pour les familles monoparentales avec une remise à plat des aides sociales. Les centrales syndicales appellent de leur coté à suspendre, pour ne pas dire enterrer, les 4 milliards d'euros d'économies à l'étude sur les indemnités chômage. 

Quant à la reforme des retraites, elle ne pourrait pas non plus être calibrée de la même façon pour les plus bas salaires. 

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