Depuis novembre, 246 foyers ont été détectés dans les élevages de volailles. Comment endiguer la propagation du virus H5N8 ? Jeanne Brugère-Picoux, vétérinaire, nous éclaire.

Depuis la fin novembre, des volailles issues d'élevages suspects sont détruits. Le Gers compte au nombre des départements les plus touchés.
Depuis la fin novembre, des volailles issues d'élevages suspects sont détruits. Le Gers compte au nombre des départements les plus touchés. © AFP / REMY GABALDA

Jeanne Brugère-Picoux est professeur honoraire à l’École nationale vétérinaire d’Alfort. Chef de service à l'unité de pathologie médicale du bétail et des animaux de basse-cour, elle revient pour France Inter sur l'état de la contamination des élevages de volailles au virus H5N8. A ce jour, et depuis le début de la dernière crise en date, fin novembre, 246 foyers ont été identifiés dans les élevages et 28 cas ont été confirmés dans la faune sauvage.

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Jeanne Brugère-Picoux : "Le vide sanitaire, c'est quelque chose d'efficace"

Par Manuel Ruffez

Depuis la fin novembre, la propagation du virus H5N8 est manifeste. Que dire de la situation ?

Jeanne Brugère-Picoux : Elle est dramatique pour les élevages de canards du sud-ouest, parce que, oui, on n'a pas réussi à juguler la progression du virus, même en abattant des élevages sains qui a priori devaient l'empêcher [aujourd'hui, l'abattage concerne les élevages jusqu'à 3 km de la zone où un cas a été détecté, ndlr]. La situation est dramatique parce qu'énormément d'élevages ont été touchés, ce qui représente une importante perte en production en canards mais aussi de produits issus des canards.

En quoi la contamination de ces derniers mois est-elle différente de celles des années précédentes ?

L'année dernière, trois virus hautement pathogènes ont circulé sans rendre malades les canards. Là, on a un virus extrêmement pathogène, qui fait tomber les canards comme des mouches, avec des troubles nerveux très graves qui les tuent en quelques heures. Les éleveurs n'avaient jamais vu ça.

Mais surtout, ont été touchés des élevages où l'application des mesures de biosécurité est plus difficiles, parce que [les canards] sont à l'extérieur, donc plus facilement contaminés par des oiseaux sauvages porteurs du virus.

Comment lutter efficacement contre la propagation de ce que vous appelez la "peste aviaire" ?

Les autorités appliquent toutes les mesures nécessaires . Le ministère a encore souligné qu'il fallait faire très attention au déplacement de canards apparemment sains mais qui pouvaient être à l'origine de la progression du virus. C'est une mesure essentielle.

Mais cela ne suffit pas, parce qu'on voit bien qu'on a pas su limiter la contagion. Il faut vraiment étendre la zone de protection.

Le vide sanitaire [l'abattage de tous les canards, ndlr] est une excellente solution : on élimine toute possibilité pour le virus de contaminer des animaux vivants. Mais il faut voir sur le terrain les problèmes que ça pose pour les éleveurs.

Quant au vaccin, on n'en a qu'un seul vraiment utilisable, qui cible le H5N1. Or ce n'est pas le virus qu'on a actuellement. Donc il faudrait d'abord fabriquer le vaccin, et ces virus mutent tout le temps...

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