Alors qu’EDF a donné son feu vert à la construction de deux EPR sur la côte anglaise, le gouvernement de Theresa May annonce son besoin de revoir le projet en détail.

Le projet des deux EPR nucléaires d'Hinkley Point coûterait plus de 21 milliards d'euros
Le projet des deux EPR nucléaires d'Hinkley Point coûterait plus de 21 milliards d'euros © Reuters / Suzanne Plunkett

Une étape supplémentaire à franchir pour la mise en route du projet de réacteurs nucléaires à Hinkley Point, sur la côte ouest de l’Angleterre : alors qu’EDF vient finalement de faire passer en force, auprès des salariés, ce dossier couteux (18 milliards de livres, soit 21,5 milliards d'euros) et controversé, et qu'il s'attendait à ce que le gouvernement britannique, nouvellement constitué après le Brexit, le signe dans la foulée, ce dernier annonce ce vendredi qu’il souhaite temporiser, pour ne rendre sa décision finale qu’à l’automne.

Le nouveau ministre britannique des Entreprises et de l'Energie, Greg Clark, veut examiner minutieusement tous les détails du projet : "Il est simplement normal d'examiner les détails avant de prendre une décision", a déclaré son porte-parole. De leur côté, les syndicats anglais sont furieux : ils s’attendaient ce vendredi à une signature officielle du projet, et déplore largement le nouveau délai qui s’impose dans le dossier. Le premier syndicat britannique, Unite, estime que "tout nouveau retard ou rétropédalage pénaliserait la croissance économique et les milliers de créations d'emplois attendues de ce projet d'infrastructure majeur".

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Par Marina Daras

Risques commerciaux pour l’Angleterre et la France

Le projet Hinkley Point comporte des risques commerciaux pour la France comme pour le Royaume-Uni : EDF doit prendre en charge l'investissement en amont, ce qui, selon les syndicats, est un réel danger pour les finances de l'entreprise, tandis que Londres s'est engagé à verser un tarif deux fois plus élevé que les prix actuels du marché pour l'électricité produite par cette centrale. Au ministère français de l'Economie, on déclare "comprendre" ce nouveau délai.

Je ne doute pas du soutien du gouvernement britannique dirigé par Mme May (Jean-Bernard Lévy, patron d’EDF )

Le patron d'EDF, qui avoue qu'aucun contrat n'est formellement engagé pour l'instant sur ce dossier des EPR d'Hinkley Point : "il n'y a pas de contrat de signé, aujourd'hui", confirme Jean-Bernard Lévy.

Jeudi, le conseil d’administration d’EDF avait fini par statufier sur ce projet décrié depuis plusieurs mois par les syndicats : ces derniers, sans rejeter le projet d’ampleur de construction de ces EPR en terre britannique, estimaient que le moment était mal choisi au vu de l’investissement financier que cela demandait à l’électricien, dont les comptes sont déjà largement dans le rouge.

A tel point que la validation du projet par le conseil d’administration, qui est passé outre les recommandations des salariés, a aussi provoqué jeudi la démission d’un de ses membres, Gérard Magnin, en désaccord avec une stratégie qu'il juge "de plus en plus centrée sur le nucléaire". Les syndicats, eux, dénoncent un "financement en fonds propres à un niveau jamais atteint dans l'histoire d'EDF", ou le "caractère irréaliste des délais de construction".

Hinkley Point, le gouvernement britannique va décider à l'automne
Hinkley Point, le gouvernement britannique va décider à l'automne © Radio France / Visactu
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