"Le président a annoncé une prime ponctuelle aux détenteurs des minima sociaux. C’est mieux que rien mais c’est très faible", a estimé Esther Duflo, prix Nobel d'économie, invitée ce samedi de "On n'arrête pas l'éco", alors que la crise de la Covid-19 touche de plein fouet les plus précaires.

Esther Duflo a été récompensée l'an dernier par le Nobel d'économie, pour ses travaux sur la lutte contre la pauvreté.
Esther Duflo a été récompensée l'an dernier par le Nobel d'économie, pour ses travaux sur la lutte contre la pauvreté. © AFP / JOSEPH PREZIOSO

"Quand on parle de quelques centaines d’euros au maximum pour une famille une fois, ça va dans le bon sens, mais je pense qu’on est loin de ce qu’il nous faut aujourd’hui", a estimé la prix Nobel d'économie Esther Duflo, invitée ce samedi matin de l’émission On n'arrête pas l'éco avec Alexandra Bensaïd sur France Inter. Esther Duflo réagissait aux pistes du gouvernement pour aider les plus précaires à traverser la crise. 

Que propose-t-elle ? "Il faudrait revaloriser le RSA beaucoup plus largement, s’appuyer sur l’APL pour donner un revenu aux jeunes, en tout cas pour les mois à venir, peut-être même l’an à venir", juge Esther Duflo, "jusqu’à ce que la situation du virus s’améliore. [...] Le président Emmanuel Macron annoncé une prime ponctuelle aux détenteurs des minimas sociaux. C’est mieux que rien, mais c’est très faible."

"Des minimas sociaux plus généreux encouragent la reprise de l'activité"

Selon la prix Nobel, récompensée l'an dernier pour ses travaux sur la lutte contre la pauvreté, "il y a une grande peur dans ce gouvernement : qu’augmenter les minimas sociaux conduirait à une réduction de l’activité parmi les précaires." Crainte injustifiée, selon elle : "Au contraire, toutes les études ont montré qu’il n’y avait aucun effet décourageant sur le travail de garantir à ceux qui n’ont pas d’emploi un revenu plus important. [...] Des minimas sociaux plus généreux encouragent et facilitent la reprise de l’activité."

Esther Duflo est d'accord avec la stratégie du gouvernement "qui consiste à dire 'quoi qu’il en coûte'" pour maintenir l'économie à flot durant la crise sanitaire, mais "moins d’accord avec l’accent porté sur les entreprises" : "Ceux qui n’ont pas accès à l’emploi, ceux qui étaient en CDD ou qui l’ont perdu se retrouvent avec très peu d’aides, certainement pas suffisamment. À la fois pour eux-mêmes, pour leur survie à eux dans la dignité et leur survie tout court." Et c'est donc l'économie toute entière qui en pâtit, car "ces gens sont aussi des gens qui consomment et s’ils ne le font pas, l’ensemble de l’économie va s’arrêter."

Le couvre-feu ? "J'espère que ça sera suffisant"

Que pense Esther Duflo de la décision du gouvernement d'instaurer un couvre-feu dans certaines métropoles, elle qui préconisait un confinement total du 1er au 20 décembre ? "S’ils voulaient aller dans cette direction là, ça aurait été mieux de le faire il y a quelques semaines. On a mis en place le couvre-feu dans une situation où on a déjà beaucoup de contaminations", estime l'économiste. "J’espère que ça sera suffisant, ça ne peut aller que dans le bon sens. Il est possible que l’épidémie ait déjà circulé trop rapidement pour que ce soit suffisant."

Et pour ce qui concerne les conséquences économiques de la pandémie au niveau mondial, la prix Nobel est d'accord pour parler d'un retour en arrière, "au moins temporairement" : "Le PIB de l’Inde chuté par exemple de 24%. La Banque mondiale, elle, prédit une croissance très forte du nombre de gens qui vivent avec moins de dollars par jour et par personne, ce qui est une énorme régression. Ce qu’on peut espérer c’est que cette régression ne soit pas permanente, qu’il y ait un retour plus rapide que les 30 ans qui ont été nécessaires pour réduire la pauvreté de ces personnes."

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