Elles sont partout, sur les trottoirs, dans les rues, sur les pistes cyclables... Si vous habitez Paris, Bordeaux ou Lyon, vous n'avez pas pu passer à côté : les trottinettes électriques. Une tendance qui a créé un nouveau métier. On les appelle "juicers", les "rechargeurs" de trottinettes.

Renaud, après avoir "capturé" une trottinette déchargée.
Renaud, après avoir "capturé" une trottinette déchargée. © Radio France /

Tous les soirs, depuis trois mois, Renaud, 38 ans fait trois quarts d'heure de route pour venir à Paris depuis la Seine-et-Marne. Il est ce qu'on appelle un "juicer", ou un "rechargeur" de trottinettes électriques. Il passe ses nuits à chasser les trottinettes et à les mettre en charge, contre rémunération. Une activité pour laquelle Renaud n'est pas salarié de ces sociétés (Lime ou Bird pour ne citer que les deux plus importantes) mais a déposé un statut d'auto-entrepreneur.

Entre 5 et 20 euros par trottinette

Une fois arrivé dans la capitale, la première mission de Renault consiste à repérer les trottinettes déchargées. Pour cela, il ouvre une application sur son téléphone, avec géolocalisation. "Grâce à la navigation, on peut se diriger directement vers la trottinette", indique-t-il. Sur l'appli : un prix affiché à côté de chaque trottinette. "C'est le prix de la mission, qui me sera directement viré quand j'aurais redéployé la trottinette chargée", explique le "juicer". Sauf que toutes les trottinettes ne se valent pas. "Certaines sont beaucoup plus difficiles à trouver que d'autres", poursuit-il. En effet, le système de "free-floating" ou "libre-service" permet aux utilisateurs de laisser leur moyen de locomotion n'importe où dans la ville, une fois arrivé à leur destination, sans station fixe. Certains usagers indélicats profitent d'ailleurs de la situation pour garer leur trottinette dans la cour de leur immeuble, voire carrément chez eux. Renaud indique l'une d'entre elles sur l'écran : "Celle-ci par exemple, n'a pas été utilisée depuis un bon moment. Des rechargeurs ont sans doute déjà essayé de la trouver, sans succès". Une trottinette en théorie plus difficile à trouver, dont la valeur augmente. Entre 5 et 20 euros selon la difficulté et les sociétés.  

Une activité nocturne 

Une fois son stock de trottinettes chargé dans sa camionnette, jusqu'à 30 les bons soirs : retour en Seine-et-Marne, pour mettre les engins en charge... et dormir quelques heures. "Il faut impérativement redéployer les trottinettes avant sept heures du matin, et à des endroits stratégiques indiqués", raconte Renaud. Le trentenaire se lève donc vers 4h30. Un rythme, mais aussi une rémunération qui lui conviennent bien, à tel point que Renaud a laissé tomber son activité précédente dans une entreprise de chauffage gaz. Aujourd'hui, il engrange en moyenne "2 000 à 2 500 de chiffre d'affaire, estime-t-il. Une fois les charges déduites, cela me laisse suffisamment pour vivre".  

Renaud admet pourtant avoir d'autres envies. Une fois sa carrière de chargeur de trottinette terminée, il aimerait se lancer en tant de brasseur. 

Contactée par France Inter, la société Lime indique que cette activité n’a pas "vocation à structurer une profession" et que "la majorité de la flotte est gérée par les agents d’entretien de la société". Toutefois, "l’ensemble de la flotte ne pouvant pas à ce jour être totalement rechargée par la société, une partie minoritaire est proposée à des 'juicers' partenaires". Une situation qui ne pourra durer sur le long terme, selon eux, pour des questions de maintenance des trottinettes.

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