Depuis deux semaines, agents immobiliers et notaires tentent d'assurer la continuité de l'activité. Mais de nombreux obstacles empêchent la finalisation des actes de vente. La crise sanitaire et économique pourrait aussi avoir pour conséquence un tassement voire une chute des prix de l'immobilier.

Une agence immobilière a tiré le rideau dans les rues de Toulouse
Une agence immobilière a tiré le rideau dans les rues de Toulouse © AFP / Adrien NOWAK / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

En plein confinement, comment faire visiter des appartements, organiser un déménagement, obtenir certains documents administratifs ou encore les diagnostics techniques essentiels à la réalisation des actes de vente ? Si les procédures peuvent désormais être dématérialisées, cela ne suffit pas toujours à faire avancer les dossiers.

Report exceptionnel des obligations contractuelles

Certes, au cours des deux dernières semaines, quelques transactions immobilières ont pu être finalisées et signées à distance, de manière électronique et grâce à des procurations. Certains témoignages font même état de stratagèmes de remise des clés dans des supermarchés pour échapper aux contrôles. Mais la grande majorité des actes d'achat est en stand-by confirme Elodie Frémont, notaire à Paris et membre de la chambre des notaires du Grand Paris. 

Cela dit, vendeurs et acquéreurs peuvent, dit-elle, se rassurer : 

Les obligations contractuelles et les délais qui entourent les promesses de vente vont être repoussés au minimum d'un mois. Ce qui nous préoccupe, c'est d'être en capacité de gérer l'embouteillage qui va se profiler à la sortie de la crise. Il faudra signer tous les actes qui sont aujourd'hui bloqués, et rattraper le retard.

L'immobilier, victime de la crise ou valeur refuge?

Le nombre d'actes effectués a effectivement été divisé par 6 depuis le début de la crise précise le Conseil supérieur du notariat. Mais à la sortie du confinement, qu'en sera-t-il? Deux tendances vont se superposer poursuit Elodie Frémont. "D'un côté, explique-t-elle, on peut s'attendre à ce qu'après la crise, l'immobilier soit considéré comme une valeur refuge. Les acquéreurs ne vont donc pas disparaître. Au contraire. Mais en même temps, les capacités d'endettement des ménages seront forcément réduites. C'est une certitude." 

Résultat : une baisse des prix est probable. Mais pas un effondrement. Elle devrait être comprise entre 5 et 15%.

Même diagnostic pour Henri Buzy-Cazaux, président de l'IMSI, l'institut des métiers de l'immobilier, ex-président de la FNAIM et animateur d’un cercle de professionnels du secteur impactés par cette crise. "La fragilisation de l'économie et la baisse de solvabilité des ménages auront forcément un impact sur les prix, complète-t-il. Mais il sera probablement moins fort - de l'ordre de 5% - dans les zones "tendues" comme les métropoles et les villes attractives, que dans les zones dites "détendues" où la baisse pourrait être plutôt de 10% !

Correction en perpective

Selon la manière dont l'activité redémarrera après ce ralentissement de plusieurs semaines, cet expert prédit ensuite une remontée des prix, ou une deuxième vague de baisse si le pays plongeait plus durablement dans la récession

"Cette petite chute des prix attendue n'est pas forcément une mauvaise nouvelle", nuance Elodie Frémont. Beaucoup de notaires pensent que les prix sont montés trop haut récemment, "notamment autour de la capitale". Une légère correction serait plutôt bienvenue, selon eux.

Président du Conseil supérieur du notariat, Jean-François Humbert veut lui rester prudent. "Les spécificités de cette crise font qu'il est très difficile de savoir comment va réagir le marché, d'autant que nous ne savons combien de temps elle durera. Il ne faudrait pas qu'en anticipant une baisse des prix, le marché se retrouve bloqué ! Mais il est certain que l'immobilier n'est pas un secteur à part, indépendant du reste de l'économie. Si celle-ci vascille, il s'en trouvera affecté".

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