Le journal Le Parisien dévoile un bilan effrayant de la phase de tests avec les futurs collecteurs de l'impôt. Il fait état de 350.000 erreurs commises sur un seul mois avec des prélèvements, certes fictifs, et effectués de 2 à 4 fois pour certains contribuables.

Une note technique d'une trentaine de pages recense les nombreux bugs durant les tests lancés avec les employeurs qui prélèveront les impôts, selon le journal Le Parisien
Une note technique d'une trentaine de pages recense les nombreux bugs durant les tests lancés avec les employeurs qui prélèveront les impôts, selon le journal Le Parisien © Maxppp / PHOTOPQR/LE MIDI LIBRE

Interrogé par Fabien Cazeaux, chef du service économique de France Inter, le cabinet du ministre répond qu' "Il y a bien eu des anomalies constatées lors des phases de test menées ces derniers mois mais il n'y a pas de quoi, envisager un report de la réforme". "Le système est prêt pour janvier 2019" martèle Bercy, qui assure que les erreurs, si graves soient-elles, ont été corrigées. La direction des Finances Publiques précise que les anomalies constatées ne représentent que 0,1% des cas.

Officiellement, la réforme doit toujours entrer en vigueur en janvier prochain. Emmanuel Macron et Gérald Darmanin, ministre des Comptes publics, feront le point mardi à l'Elysée. Depuis plusieurs jours le doute s'est installé, notamment à partir du moment où Emmanuel Macron a précisé qu'il attendait des explications sur la mise en route du prélèvement. 

Pourquoi Macron doute 

Le Président de la République est celui par qui le doute s'installe. Il y a quelques jours, lors de son voyage à Helsinki, il avait déclaré ceci : "J'ai plutôt l'intention de conduire cette réforme à son terme, mais j'ai demandé aux ministres compétents de répondre à toutes les questions qui se posent encore, avant de donner une directive finale"

Une déclaration qui a semé le doute dans l'esprit des Français. 

En réalité, le président  craint que : 

  • techniquement, la réforme soit difficilement réalisable au 1er janvier
  • le prélèvement à la source gomme les gains de salaires dûs aux baisses de cotisations salariales.

Toutefois, Emmanuel Macron n'a jamais parlé d'abandon, la question qu'il pose implicitement est celle d'un report.

Gérald Darmanin,  souligne que les tests effectués montrent l'efficacité du dispositif ainsi que l'effet positif de la réforme sur la trésorerie des contribuables déjà mensualisés. Seul un ajustement technique pour les 250.000 employés à domicile est encore à l'étude, selon Bercy.

Les syndicats ont le prélèvement dans le viseur

Il faut rappeler que les syndicats étaient au départ opposés à la réforme. Notamment parce que c'est une réforme qui délègue à des acteurs privés un travail effectué par des fonctionnaires. La DGFIP a subi depuis 2002 près de 38 000 suppressions de postes et il est prévu encore d'en supprimer entre 18 000 et 20 000 sur les quatre prochaines années, selon les syndicats.

Anne Guyot-Welcke, secrétaire nationale du syndicat Solidaire Finances Publiques,  s'est dit très étonnée par la révélation des multiples bugs au micro de Fabien Cazeaux. Elle compte bien demander des explications à son administration et à son ministère.

36 sec

Anne Guyot-Welke

Par Fabien Cazeaux

"On  a eu des groupes de travail en interne pour savoir si tout était opérationnel et on n'a jamais eu connaissance de ces difficultés. Il vaut mieux des bugs en phase test, c'est mieux mais est ce que tout est réglé ? On n'en sait pas plus. on est abasourdi. Nous allons interroger notre directeur général et le cabinet du ministre aussi." 

Les entreprises ? 

La réussite de la réforme ne dépendra pas que de l'administration fiscale. Il y aussi les entreprises et les caisses de retraites qui, en versant les salaires et les pensions, seront chargées de prélever en même temps l'impôt à la source. Encore faut-il que leurs fichiers informatiques et leurs logiciels soient bien actualisés. Ce qui n'est pas toujours le cas, selon les syndicats de Bercy.

Par ailleurs les patrons ont tendance à considérer que c'est un surcroît de travail et source de complexité. 

L'Union des artisans avait calculé que le prélèvement à la source coûterait 125 euros par an et par salarié à chaque patron. 

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Reportage auprès des commerçant sur le prélèvement à la source

Par Delphine Simon

Gérald Darmanin mis à l'épreuve

Dans On n'arrête pas l'éco sur France Inter, Gérald Darmanin disait samedi que "le doute fait avancer" et qu'il espérait "rassurer le président de la République". La décision sera prise vers le 15 septembre, après quoi il restera plusieurs semaines pour s'assurer que les entreprises et les "préleveurs" sont au point et fin prêts pour le 1er janvier 2019. 

L'opinion publique reste favorable à la réforme. 

Qui veut la peau du prélèvement à la source ? Ceux qui ont le plus intérêt à son abandon sont donc les syndicats de Bercy et les petits patrons. 

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