En France, l'équipementier chinois a officiellement accès au marché de la 5G. Mais les autorités laissent entendre qu'elles ne renouvelleront pas les autorisations des opérateurs qui utilisent ses équipements au-delà de 2028. Ailleurs en Europe, ce dossier est diversement géré, entre interdiction et hésitation.

Au Royaume-Uni, l'interdiction de Huawei est parfaitement assumé pour des raisons de sécurité nationale. Le reste de l'Europe hésite
Au Royaume-Uni, l'interdiction de Huawei est parfaitement assumé pour des raisons de sécurité nationale. Le reste de l'Europe hésite © Maxppp / Newscom / Xinhua News Agency / Han Yan

Au Royaume-Uni, l'ostracisation de Huawei est parfaitement assumée : Londres interdit carrément l'achat de tout nouvel équipement fourni par le géant chinois dès la fin de l'année, et exige que les équipements existants soient retirés d'ici sept ans. 

Annoncée le mardi 14 juillet, cette décision marque un alignement britannique sur la position américaine. Depuis des mois, Washington accuse d'espionnage le géant des télécoms asiatique et fait pression sur ses alliés européens. Londres est une "marionnette", a d'ailleurs réagi Pékin, qui annonce un "prix à payer" pour le Royaume-Uni. De quoi alimenter des tensions déjà au plus haut depuis la mise au pas chinoise de Hong-Kong, ancienne colonie britannique. 

Deux à trois ans de retard pour le déploiement de la 5G au Royaume-Uni

Londres met en avant les risques pour sa sécurité nationale, amplifiés par les sanctions américaines imposées en mai au géant chinois, destinées à lui couper l'accès aux semi-conducteurs fabriqués avec des composants américains. Le gouvernement britannique s'inquiète d'un recours du groupe à des composants de rechange susceptibles de poser de nouveaux risques en termes de cybersécurité.

L’ostracisation de Huawei s’annonce toutefois lourde de conséquences pour le Royaume-Uni. Les patrons des opérateurs téléphoniques BT et Vodafone ont averti qu'un retrait total des équipements chinois du réseau britannique serait "impossible" sous dix ans et risquerait d'occasionner des pannes et problèmes de sécurité. L'amélioration du réseau de télécommunications est pourtant une promesse de campagne du premier ministre Boris Johnson. 

Par ailleurs, son ministre de la Culture a reconnu que l'exclusion de Huawei retarderait le déploiement de la 5G au Royaume-Uni de "deux à trois ans", entraînant un coût allant "jusqu'à 2 milliards de livres" (2,2 milliards d'euros). De son côté, Huawei évalue ce coût pour les finances britanniques à 29 milliards de livres, soit environ 32 milliards d'euros. 

L'Allemagne attend toujours son projet de loi sur la sécurité informatique

En Allemagne, le débat est vif et ne sera pas tranché avant la fin de l'été. Au sein de la coalition CDU-SPD au pouvoir, certains ministres sont favorables à des critères de sécurité renforcée qui excluraient de fait Huawei. Mais la chancelière Angela Merkel redoute, elle, des conséquences sur les échanges commerciaux avec la Chine. 

Ce débat interne au gouvernement ralentit l'élaboration de la "loi sur la sécurité informatique" qui vise à protéger les réseaux mobiles allemands d’éventuelles tentatives d'espionnage voire de sabotage de services secrets étrangers. Et les critiques fusent tant côté SPD (sociaux-démocrates) que côté CDU (conservateurs). 

Pour le président de la commission des Affaires étrangères du Bundestag Norbert Röttgen (CDU), "Le gouvernement fédéral doit enfin présenter ce projet de loi que le Bundestag attend depuis des mois". Et selon le porte-parole pour les affaires étrangères du groupe SPD au Bundestag Nils Schmid, "ce qui conduit à une exclusion en Grande-Bretagne doit également conduire à une exclusion en Allemagne". 

En Europe, des hésitations renforcées par la pandémie

Ailleurs en Europe, l'Italie s'interroge sur une éventuelle interdiction. L'Espagne, la Grèce, la Pologne ont ouvert leurs portes à Huawei, mais sont en train de renforcer leurs législations sur la sécurité des télécommunications. Enfin les Pays-Bas et la Belgique pourraient bien emboîter le pas des Britanniques et ostraciser Huawei des appels d’offre liés à l’installation de la 5G sur leur territoire. 

La sécurité n’est pas le seul enjeu à l’échelle européenne. La pandémie de coronavirus est en effet passée par là, et la pénurie de masques et de tests a révélé au grand jour la dépendance des Etats membres de l’UE aux appareils productifs non-européens. La question de la souveraineté – industrielle mais aussi numérique – est devenue un enjeu majeur et politise un peu plus le dossier de la 5G.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.