Xavier Broseta, DRH d'Air France, agressés par des salariés, aéroport Roissy - Charles de Gaulle, 5 octobre 2015.
Xavier Broseta, DRH d'Air France, agressés par des salariés, aéroport Roissy - Charles de Gaulle, 5 octobre 2015. © REUTERS/Jacky Naegelen

Le conflit à Air France a brutalement dégénéré ce lundi avec l'agression du DRH Xavier Broseta, qui a manqué "se faire lyncher", après la confirmation de la possible suppression de 2.900 postes. Le mouvement de colère des salariés s'est soldé par sept blessés dont un grave. La direction se dit prête à reprendre les négociations "à tout moment".

La tension est extrême chez Air France ce lundi. La direction d'Air France a présenté son plan de restructuration en comité central d’entreprise au siège de la compagnie aérienne à Roissy ce matin. Air France prévoit 2.900 suppressions de postes dès 2017 , dont 1.700 concernent les personnels au sol, 900 hôtesses et stewarts et 300 pilotes.

Le DRH, agressé, chemise déchirée, doit fuir torse nu

Le comité central d'entreprise a été interrompu dans la matinée par une manifestation . Le PDG d'Air France, Frédéric Gagey, est alors sorti précipitamment de la salle. Le directeur des ressources humaines et le directeur général des longs courriers ont été pris à partie par "des individus isolés alors que la manifestation se déroulait jusque-là dans le calme" selon la direction. Il ont terminé torse nu, chemises déchirées . Le mouvement colère des salariés s'est soldé par sept blessés, dont un grave . Deux vigiles, dont l'un a été dans le coma mais en est sorti, figurent parmi les blessés. Les cinq autres blessés sont tous des salariés d'Air France, dont le DRH Xavier Broseta, Pierre Plissonnier, responsable de l'activité long courrier à Air France, et trois autres membres de la direction. Alexandre de Juniac, le président-directeur général d'Air France, a indiqué en fin de journée que la direction était disponible "à tout moment" pour reprendre les négociations .

Manuel Valls "scandalisé" par les violences

Manuel Valls s’est dit "scandalisé" par les violences, et a apporté "tout son soutien" à la direction du groupe. Des sources proches de la direction ont confirmé dans l’après-midi que la compagnie prévoyait "en priorité des départs volontaires" mais que des départs contraints étaient "toutefois envisageables".

Le reportage sur place de Manuel Ruffez (avec Jean-Pierre Pernel) :

La direction "condamne fermement les violences physiques" et annonce qu'elle va porter plainte pour violences aggravées. "Les violences physiques sont inacceptables, et méritent des sanctions" a réagi le ministre des transports Alain Vidalies.

Parallèlement, un appel à la grève avait été lancé par quatre syndicats pour ce lundi. Seuls des retards à l'enregistrement sont prévus par la direction, qui affirme que tous les vols sont assurés.

Les pilotes rendus responsables

La compagnie aérienne affirme que ce plan avec licenciements secs a été rendu incontournable après l'échec des négociations avec les syndicats de pilotes. Les pilotes sont en effet montrés du doigt pour ne pas avoir accepté un plan de compétitivité où il leur était demandé de voler une centaine d’heures de plus par an à salaire égal, afin de sauver des emplois. La CGT regrette que l’on «essaie de monter les salariés les uns contre les autres » alors que la CFDT a critiqué chez les pilotes d'Air France "un syndicalisme corporatiste qui ne prend pas du tout en compte l'intérêt de la majorité".

Le gouvernement intervient

Le porte-parole du gouvernement, Stéphane Le Foll, a appelé ce lundi sur France Inter les pilotes à "faire un effort". Stéphane Le Foll a estimé que la compagnie avait besoin de s'adapter à un environnement fortement concurrentiel.

Il faut qu'Air France se donne les moyens de passer une étape difficile dans un ciel qui connaît une compétition importante" selon le porte-parole du gouvernement Stéphane Le Foll.

"J'en appelle à tout le monde, en particulier aux pilotes. Dans la négociation, il faut que tout le monde fasse un effort». Le Premier ministre Manuel Valls en avait déjà appelé samedi à la "responsabilité" des pilotes. "Si Air France n'évolue pas, elle se met en danger. On sait qu'une compagnie peut disparaître", a prévenu le chef du gouvernement.

Selon les syndicats, le plan de la direction prévoirait en plus des suppressions de postes une diminution de 10% des vols long-courriers avec suppressions de cinq lignes, et le report de commandes de Boeing 747.

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