"New Space", "nouvelle frontière"... Après avoir conquis les alentours de la Terre, les nations spatiales s'imaginent aller plus loin : pour explorer, mais aussi rentabiliser.

Le 3 juin dernier, Falcon 9 décolle avec succès de Floride. La société qui l'a créé, SpaceX, est entièrement privée.
Le 3 juin dernier, Falcon 9 décolle avec succès de Floride. La société qui l'a créé, SpaceX, est entièrement privée. © AFP / BILL INGALLS / Bill Ingalls - NASA via CNP / DPA

Devinette : qui s’est fixé comme mission d’« explorer d’étranges nouveaux mondes, à la recherche de nouvelles formes de vie, de nouvelles civilisations », d’« aller là où personne n’est jamais allé » ? Les fans de Star Trek ont raison : c’est bien le capitaine James Kirk, commandant du vaisseau Entreprise.

Ceux qu’ils ne savent sans doute pas, c’est que ce projet a été couché sur le papier en 1958, avant que ne soit écrite la célèbre série de SF, sous un titre évocateur : Introduction to Outer Space. Un texte soumis aux conseillers espace du président américain et promu par Eisenhower himself.

A l’heure où la Terre est en grande partie explorée, où ses richesses, même inaccessibles, sont identifiées, où ses civilisations, même éteintes, sont décrites, il reste un domaine infini, une ultime frontière : l’espace. Et depuis les débuts de la conquête spatiale, avec le lancement du premier satellite russe, Spoutnik, en octobre 1957, l’aventure n’a pas ralenti.

La fin d’un monopole

Ce n’est pas nouveau : depuis la fin de la guerre froide, l’espace n’est plus le monopole de quelques Etats. D’abord parce que l’activité orbitale est essentiellement commerciale, et plus seulement militaire ou scientifique. On estime à 80 le nombre d’Etats qui sont présents dans l’espace, qui exploitent les satellites de communication, par exemple, ou de géolocalisation ; ils étaient cinq dans les années 1960.

Depuis les années 1960, encore, les Etats ont peu ouvert aux sociétés privées tout ou partie de l’activité spatiale, [des lanceurs](https://en.wikipedia.org/wiki/Commercial_Space_Launch_Act_of_1984, SpaceX) (SpaceX…) aux fabricants de satellites en passant par les chasseurs de ressources extraterrestres (Planetary Resources) ou les tour opérateurs (Virgin Galactic…).

En 2020, estime le cabinet Asterès, l’économie spatiale « commerciale » sera cinq fois plus importante que l’ensemble des budgets publics alloués à l’espace dans le monde.

Un espace partagé sur le papier

Avec la multiplication des acteurs et l’appétit qui en découle, un peu d’ordre s’impose. L’espace était, depuis 1967 (Traité de l’espace) et 1979 (accord sur la Lune), régi par deux principes simples : le droit des Etats à explorer l’espace et les corps célestes et la prévention contre toute appropriation et commercialisation de ressources extraterrestres.

Mais en 2015, les données changent : en promulguant son nouveau Space Act, le Congrès américain autorise les entreprises à s’approprier et à vendre des ressources naturelles extraites dans l’espace, y compris sur des astéroïdes. En février 2016, Washington est rejoint par… le Luxembourg, qui, avec sa Space Resources Initiative, ambitionne d’organiser l’extraction et l’utilisation des ressources spatiales. La nouvelle frontière prend un tour moins scientifique que juridique et commercial.

Parce que, à mesure qu’on rapproche l’espace, qu’on repousse la frontière, les enjeux scientifiques sont toujours plus étroitement liés aux enjeux commerciaux. Comment financer les capacités d’exploration, d’innovation ?

Jusqu’ici, nul n’a su s’affranchir de la contribution des Etats pour viser plus loin. Mais d’ores et déjà, l’orbite terrestre n’est plus un défi technique insurmontable.

La nouvelle frontière

Si Star Trek parle de frontière ultime, les spécialistes de l’espace voient aujourd’hui moins loin. ils parlent de nouvelle frontière et, avant même d’évoquer le voyage sur Mars, ils pensent aux astéroïdes les plus proches de la Terre, ou plus simplement au tourisme spatial. Ce qui, dans l’immédiat, soulève des enjeux de taille.

Si deux Etats ont aujourd’hui cherché à régir l’espace comme terrain de conquête, aucun texte contraignant ne vient finalement garantir ou barrer le libre accès à l’espace. L’arrivée massive de nouveaux acteurs ne devrait pas tarder à soulever la question d’un droit de l’espace partagé par tous dans l’intérêt de tous.

Passé ce point juridique, il faudra aussi imaginer une bonne gestion de cet espace partagé. A commencer par la mise en place d’une politique de gestion des déchets orbitaux, qui s’accumulent autour de la Terre et compromettent la sécurité des biens et de personnes dans l’espace. Mais à ce jour, aucune politique de tri sélectif ou de rapatriement des déchets n’a été prévue.

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