Le président du Medef Geoffroy Roux de Bézieux a appelé vendredi à une reprise progressive du fonctionnement des entreprises, sans attendre la fin du confinement. Invité du journal de 13h de France Inter ce samedi, le vice-président du Medef Fabrice Le Saché explique les raisons de cette prise de position.

Fabrice Le Saché, vice-président du Medef
Fabrice Le Saché, vice-président du Medef © Maxppp / Vincent Isore / IP3 Press

FRANCE INTER : Inviter les entreprises à repartir, est-ce que cela dépend vraiment d'elles ?

FABRICE LE SACHÉ : La reprise d'activité est cruciale. Elle est cruciale pour assurer la continuité économique : il faut bien que les gens, pendant cette période de crise, continuent de s'alimenter. Il faut bien transporter le personnel soignant. Tout cela demande une logistique, des transports, des sociétés qui fonctionnent dans l'emballage, des stations services, le secteur énergétique... donc on doit assurer de toute façon cette continuité économique. 

Il faut aussi que les entreprises puissent développer ou continuer leur activité, parce qu'il faut bien financer l'État. L'État ne va pas pouvoir continuer à soutenir l'économie à ce niveau-là pendant longtemps. Je vous rappelle que le chômage partiel, qui touche 7 millions de personnes, cela représente 3 milliards d'euros par semaine. Donc nous devons prendre aussi notre part à l'effort de guerre, pour faire en sorte qu'il y ait des rentrées fiscales et qu'elles puissent financer ceux qui en ont besoin. La solidarité nationale est extrêmement nécessaire en ce moment : tous ceux qui peuvent reprendre le travail dans le cadre de protocoles de sécurité doivent le faire. 

Cela doit se faire aussi dans le cadre du dialogue social. C'est le cas chez PSA où il y a en ce moment une reprise d'activité en sécurité. 

Encore faut-il que les consommateurs suivent : seront-ils prêts à acheter à nouveau des voitures ? De l'électroménager ? Dans le secteur du voyage par exemple, ils sont encore très attentistes...

Je n'ai pas de boule de cristal, je ne peux pas prédire l'attitude des consommateurs. Ce que je sais, c'est qu'aujourd'hui la France est tombée plus brutalement et rapidement que ses voisins. Il y a eu un choc, un effet de sidération. Il convient de sortir la tête de l'eau, parce que le virus, on va vivre avec pendant des mois. Il faut donc qu'on s'organise pour qu'on ait une vie économique sous virus. Il faut absolument qu'on réussisse les deux : vaincre le virus est la priorité, avec un aspect sanitaire et une sécurité des personnes physiques qui sont prioritaires, mais en même temps on ne peut pas arrêter tous nos vies, et toute l'activité. Sinon, il n'y a plus de financement, plus de travail, ce n'est pas pérenne. 

Ce que vous dites en creux, c'est que ne voulez pas laisser à l'État la seule responsabilité de la reprise ?

Il faut que chacun fasse un effort : les entreprises, les salariés, l'État : c'est un effort collectif. On a une union nationale qui est importante et qu'il faut préserver, car l'ennemi commun qu'on a est extrêmement puissant. On a besoin des forces de tout le monde. 

Le plan d'urgence de 100 milliards d'euros est-il suffisant ?

C'est au jour le jour qu'on le voit. Cela dépend très fortement de la durée du confinement, de si l'on a des équipements de sécurité ou pas pour reprendre le travail. Pour le moment, ce plan a permis, grâce à ces mesures "airbag", d'atténuer le choc, avec les reports de charges et d'impôts, grâce aux prêts garantis par l'État, au chômage partiel et au fonds de solidarité pour les indépendants. Ce paquet de mesures a permis d'atténuer le choc. Il y a également eu l'annonce hier d'un plan européen massif de 500 milliards d'euros. Tout cela va dans le bon sens, parce qu'on aura probablement besoin de mesures complémentaires pour la relance, parce que les entreprises vont être lourdement endettées à l'issue de cette crise. 

Précision importante : les reports de charges, ce ne sont pas des cadeaux aux entreprises, elles vont devoir les payer. Les prêts garantis par l'État, les entreprises vont devoir les rembourser. Le tribut économique que vont payer les entreprises dans cette crise est gigantesque. 

Appelez-vous les entreprises à ne pas verser de dividendes, cette année ?

Des positions très claires ont été adoptées. Il n'est pas illogique que lorsqu'on reçoit de l'aide de l'État, il y ait une modération, de ce point de vue. Ca a été le cas par exemple d'Airbus, mais aussi d'un certain nombre d'entreprises qui ont annoncé soit qu'elles ne verseraient pas de dividendes cette année, soit qu'elles modèreraient la politique de distribution de dividendes. 

Mais je tiens quand même à rappeler que cette question des dividendes ne concerne qu'une entreprise sur six chez les les PME, qui sont la principal forme d'entreprise en France. Il ne faut pas fantasmer les dividendes pour toutes les entreprises. 

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