Dix ans que les pièces et billets de la monnaie unique circulent dans la zone Euro . Au départ ils sont réservés à 12 membres de l’Union, 17 aujourd’hui (332 millions de personnes). Au moment du lancement l’Euro est le symbole de l’Europe en marche.

Rappelez-vous le décompte sous la porte de Brandebourg à Berlin, les euros lumineux projetés sur le Pont-Neuf à Paris. L’enthousiasme de la découverte des nouvelles coupures dans les distributeurs de billets.

Le taux de conversion est fixé depuis le 31 décembre 1998 : 1 euro égale 6,55957 francs. Conversion compliquée pour les Français, mais à l’époque on parle malgré tout de progrès.

Aujourd’hui les membres de la zone Euro semblent avoir déchanté. Il y a d’abord ce sentiment persistant de hausse des prix chez les consommateurs.

### En dix ans le poulet par exemple a augmenté de 47%, les pommes de 65% selon l’UFC Que Choisir.

La valse des étiquettes a été une réalité au début, reconnaissent économistes et commerçants. Mais avec l’inflation générale, y compris des salaires, un Smicard doit par exemple travailler 20 secondes de moins aujourd’hui qu’il y a dix ans pour payer une baguette.

L’UFC Que Choisir dénonce donc un usage bien utile de la monnaie unique comme « bouc émissaire de l’inflation. »

Cédric Musso

De nombreux économistes évoquent même le rôle de bouclier anti-inflation joué par l’euro qui a évité les dévaluations compétitives au sein de la zone euro.

Marché à Paris
Marché à Paris © Radio France / Valeria Emanuele

Autre raison du désamour entre les européens et l’Euro, la crise de la dette souveraine.

Le fossé se creuse entre le « Nord » et le « Sud » de la zone Euro. La monnaie est unique, mais n’a pas partout la même valeur. A l’extrême, l’Allemagne a même levé cette année le tabou d’une sortie de la zone Euro pour la Grèce très endettée.

Du coup des entreprises, comme Adidas, des banques comme la japonaise Nomura, intègrent dans leurs différents scénarios d’avenir la disparition de la zone Euro.

Selon un récent sondage Ipsos, 36% de nos compatriotes souhaiteraient un retour au franc. 45% estiment que l’Euro est un handicap pour notre économie.

Alain Cotta, professeur émérite à Paris Dauphine ne dit pas autre chose, il rend la monnaie unique responsable des délocalisations, car son niveau était trop élevé d’après lui. Avec la crise, il perd de sa valeur. Et s’est récemment retrouvé pour la toute première fois sous les 100 yens. Ça n’empêche pas l’économiste d’appeler à un retour au franc.

Alain Cotta

Que va donc devenir l'euro en 2012 ?

L'unité symbolique de la zone euro est aujourd'hui la deuxième monnaie du monde, elle représente 27% des réserves mondiales. Mais l'euro a été attaqué de toute part. L'éclatement de la zone euro n'est même plus un tabou, certaines banques travaillent sur cette hypothèse

Bruce de Galzain

Côté politique , Marine Le Pen (FN) et Nicolas Dupont-Aignan souhaitent eux aussi voir disparaître la monnaie unique.

Marine Le Pen, le 28 novembre 2011

Nicolas Dupont-Aignan, le 3 novembre 2011

Jean-Luc Mélenchon (front de gauche) n’y tient pas, mais il réclame un une mise en cause de la politique monétaire de la Banque centrale européenne.

Conserver, mais réviser l'euro

Philippe Chalmin, économiste membre du Conseil d’Analyse économique, veut conserver l’Euro, une « avancée » d’après lui, mais lui reconnaît des faiblesses : « comme une voiture, au bout de dix ans la monnaie unique a besoin d’une révision complète. Le moteur était trop faible, ce n’est pas pour autant qu’on jette le véhicule. »

Philippe Chalmin

Le ministre Allemand des finances Wolfgang Schaüble prédit, lui une solution à la crise de la zone Euro dans l’année, reste à voir si les partenaires européens sauront s’accorder.

Il faut renforcer la gouvernance économique européenne

Pour Philippe Maystadt, président de la banque européenne d’investissement l'euro est très perfectible, mais indispensable. L'ancien ministre belge des finances reconnait qu'en 2002, déjà, on avait perçu les défauts de la construction de l'euro.

Philippe Maystadt

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