La mise en œuvre d'un prélèvement mensuel des impôts sur les salaires va-t-elle donner aux banquiers l'occasion de revoir les modalités d'accord des prêts aux particuliers ? Trois questions à Serge Maître, secrétaire général de l'Association française des usagers de banque (Afub).

Serge Maitre, secrétaire général de l'AFUB (l'Association Française des Usagers de Banque)
Serge Maitre, secrétaire général de l'AFUB (l'Association Française des Usagers de Banque) © AFP / BORIS HORVAT

Avec l'impôt prélevé à la source, la trésorerie mensuelle des ménages va baisser. Cela aura-t-il des conséquences sur leur capacité de remboursement ? 

Serge Maitre : "On a pensé au départ que la règle d’évaluation de la capacité d’endettement risquait de devenir obsolète. Actuellement, la capacité d’endettement est fixée à 30 % du revenu net mensuel. C'est une règle écrite nulle part, mais appliquée par tous. Quand vous gagnez 3 000 euros par mois, le banquier considère que vous pouvez avoir 1 000 euros d’emprunts à rembourser. Or, on sait bien qu'avec la mensualisation de l'impôt sur le revenu, la somme d'argent disponible chaque mois sera moins importante. Beaucoup se sont inquiétés depuis un an à ce sujet, mais les banques se sont montrées rassurantes. En clair, elles vont assouplir la règle."

Comment les banques évalueront-elles désormais la capacité d'endettement ? 

S.M. : "Nous avons obtenu des réponses de leur part. Certaines disent qu'elles vont relever le taux d'endettement à 33 %, d'autres 35 %. Il faut bien comprendre que c'est leur métier de vendre des crédits ; elles n'ont pas trop intérêt à restreindre l'accès à ceux-ci. Depuis quelque temps, la distribution du nombre de crédits immobiliers est en augmentation, légère mais constante, et les banques ont intérêt à ce que ça continue. Donc nous sommes rassurés."

Ne va-t-il pas rester beaucoup d'inconnues ? Les particuliers vont évaluer eux-mêmes leur taux d'imposition ? 

"C'est exact. La photo de la charge fiscale en début 2019 restera floue, car ce sont les particuliers qui vont estimer leurs impôts, parce que certains abattements n'entreront en ligne de compte qu'en fin d'année par exemple. Donc l'image de la solvabilité réelle sera assez floue."

Cette capacité d'endettement, c'est un réalisme de façade. 

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