Hôpital Georges Pompidou
Hôpital Georges Pompidou © MaxPPP

Une enquête interne de l’AP-HP pointe les liens étroits entre certains médecins et les laboratoires pharmaceutiques. Le directeur de l’établissement, Martin Hirsch, annonce des mesures de transparence.

Martin Hirsch se préoccupe depuis longtemps de la question des conflits d’intérêts; il a même écrit un livre sur le sujet en 2010 ("Pour en finir avec les conflits d’intérêts ", éd. Stock). En septembre 2015, le directeur de l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris a commandé une enquête interne au sein des 38 établissements parisiens, où 10.000 médecins exercent. Un comité composé de médecins et cadres de l’AP-HP, ainsi que d’universitaires et personnalités extérieures, a planché sur la question pendant six mois. Les conclusions viennent d’être envoyées par mail aux représentants des médecins.

L'opération transparence est lancée

Dans un entretien au journal Le Monde , Martin Hirsch appelle à "clarifier certaines situation ", même s’il n’est "pas question de couper toute relation avec les industriels car cela nuirait à la recherche et au progrès médical ".

Le rapport interne met notamment en avant les 400 "associations de service, dont les sources de financement ne sont pas identifiées ". Pour mettre de l’ordre, le directeur de l’AP-HP propose donc de centraliser les financements extérieurs vers la Fondation AP-HP pour la recherche, qui les redistribuera ensuite.

On y apprend aussi que les déplacements des médecins des hôpitaux parisiens à des congrès professionnels sont financés à hauteur de 40 millions d’euros par an par les laboratoires. Le comité de travail propose donc que lors de ces congrès, un "tiers neutre " fasse office de médiateur entre le médecin et l’industriel.L’industrie pharmaceutique financerait par ailleurs la formation continue (et obligatoire) des médecins. La dépense est estimée entre 300 et 600 millions d’euros chaque année.

Pour amener de la transparence, Martin Hirsch annonce que toute activité "au profit d’un industriel " devra être déclarée et sera "soumise à autorisation ". Ces données seront centralisées dans une base unique. Les autorisations ne seraient données que pour un an, et le temps consacré aux activités extérieures serait plafonné.

Martin Hirsch au micro de Véronique Julia.

Le cas Michel Aubier

Cette enquête interne fait suite à une polémique déclenchée à la mi-mars avec les révélations de Libération et du Canard Enchaîné . Les deux journaux ont révélé que le pneumologue réputé Michel Aubier, désormais ex-chef de service à l’hôpital Bichat de Paris, touchait entre 50.000 et 60.000 euros par an du groupe pétrolier Total, depuis la fin des années 1990. Or, Michel Aubier a minimisé récemment dans plusieurs médias les risques du diesel sur la santé. Et en avril 2015, il avait déclaré à la commission sénatoriale d’enquête sur le coût de la pollution atmosphérique qu’il n’avait "aucun lien d’intérêt avec les acteurs économiques ", et juré de dire "toute la vérité, rien que la vérité ".

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