[scald=99575:sdl_editor_representation]par Julien Toyer et Emmanuel Jarry

BRUXELLES (Reuters) - Un mois après un premier sommet sur les politiques de croissance, l'Union européenne peine toujours à trouver la bonne formule afin d'associer austérité budgétaire et soutien de l'activité économique alors que la zone euro devrait connaître en 2012 sa seconde récession en trois ans.

Longtemps attendue, une décision sur le renforcement des capacités du futur Mécanisme européen de stabilité (MES) n'interviendra finalement pas cette semaine, de même que le feu vert final sur le deuxième plan d'aide à la Grèce, qui devra attendre la mi-mars.

Après s'être résolument engagés dans une réduction drastique de leurs déficits publics, qui avaient explosé à la suite de la crise financière de l'automne 2008, les Européens cherchent désormais à créer les bases d'un retour de la croissance.

La Commission européenne s'attend à une contraction de l'activité économique de 0,3% dans la zone euro en 2012 et à une stagnation de l'activité dans l'ensemble de l'UE.

Un retournement de tendance est une condition sine qua non à une extinction de la crise de la dette qui dure depuis 2010.

Un groupe de pays emmené notamment par l'Italie et l'Espagne, durement touchés par les mesures d'austérité adoptées depuis l'été 2011, a engagé depuis plusieurs semaines une discussion avec les autorités européennes à ce sujet.

Douze pays ont écrit la semaine dernière aux présidents du Conseil européen, Herman van Rompuy, et de la Commission européenne, José Manuel Barroso, pour leur demander une nouvelle impulsion susceptible de doper l'économie européenne.

Le nouveau gouvernement espagnol de centre-droit de Mariano Rajoy a quant à lui intensifié son lobbying auprès des responsables européens afin que les objectifs de déficit agréés avec Bruxelles soient adoucis.

L'Espagne a annoncé mardi que son déficit pour 2011 serait de 8,51% du PIB alors qu'on attendait jusqu'à alors un peu plus de 6%. Le pays s'est engagé à ramener son déficit à 4,4% du PIB d'ici la fin de l'année, mais cet objectif passerait par l'économie de plus de 40 milliards d'euros, une somme jugée irréaliste dans un pays qui entre dans sa seconde récession en trois ans.

L'ESPAGNE ATTENDRA

Madrid a toutefois échoué pour le moment à convaincre ses partenaires européens ainsi que la Commission.

Le président de l'exécutif communautaire José Manuel Barroso a indiqué à l'issue du sommet que la question n'avait même pas été débattue.

Plus tôt, le ministre espagnol de l'Economie, Luis De Guindos, avait concédé à l'issue d'une réunion des ministres des Finances de la zone euro qu'aucun assouplissement de l'objectif n'interviendrait avant mai.

"Le processus est lancé (...) En mai, nous aurons une décision finale", a-t-il dit aux journalistes à Bruxelles.

Tout en insistant sur la volonté du gouvernement espagnol de poursuivre sur la voie de l'austérité, il a fait valoir que des conditions économiques plus difficiles rendaient impossible de remplir l'objectif de déficit actuel.

"Ils comprennent que les circonstances qui ont mené à 4,4% ne sont pas les mêmes et que cela requiert un changement", a-t-il ajouté en référence aux positions fermes adoptées sur ce point par la Banque centrale européenne et la Commission.

Cette dernière a prévenu qu'elle n'avait aucune intention de faire preuve de souplesse sur les objectifs avant de connaître les raisons du dérapage de 2011 et d'avoir les détails de nouvelles mesures d'austérité en préparation à Madrid.

Ce bras de fer a aussi valeur de test pour l'exécutif communautaire alors que de nouveaux pouvoirs de surveillance budgétaire viennent de lui être confiés.

AIDE GRECQUE, FONDS PERMANENT

Dix jours après l'accord intervenu entre ministres des Finances de la zone euro sur un deuxième plan d'aide à la Grèce, les chefs d'Etat et de gouvernement des Vingt-Sept ont donné leur feu vert conditionnel afin de débourser l'aide à la Grèce à temps pour éviter un défaut incontrôlé du pays sur sa dette dans la troisième semaine de mars.

La Grèce a officiellement lancé vendredi son offre d'échange de dette pour les porteurs privés d'obligations afin d'effacer plus de 100 milliards d'euros de dette dans le cadre du plan de sauvetage de 130 milliards d'euros qui lui a été consenti.

Le président de l'Eurogroupe, Jean-Claude Juncker, a dit dans un communiqué qu'Athènes remplissait désormais les conditions et que le plan pourra être activé dès que la restructuration des créances privées sera achevée.

Le parlement grec a approuvé des lois afin de réduire les salaires et les retraites ainsi qu'une vaste réforme du système de santé, autant de conditions exigées par les autres membres de la zone euro et le Fonds monétaire international, qui doit encore décider mi-mars de sa contribution au plan d'aide.

Longtemps attendue pour ce sommet, la décision de revoir à la hausse les ressources du mécanisme européen de stabilité financière (MES) a été différée à une date ultérieure, en mars.

Le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, a toutefois indiqué que les dirigeants des Vingt-Sept s'étaient entendus pour accélérer le paiement du capital du mécanisme, un signe attendu par le Fonds monétaire international pour poursuivre son soutien à destination de l'Europe.

Une décision finale sur les ressources du MES pourrait intervenir fin mars lors d'une réunion des ministres des Finances à Copenhague, qui pourrait être suivie d'un sommet.

Edité par Nicolas Delame

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