Aujourd'hui, 1 euro s'achète 1,04 dollar. Loin du 1,68 de 2008. Ç'en est donc fini des voyages low cost aux États-Unis. Mais pour l'économie française, c'est une bouffée d'oxygène.

Pour les touristes américains, un dollar fort réduit les coûts. Pour les Airbus fabriqués en Europe aussi.
Pour les touristes américains, un dollar fort réduit les coûts. Pour les Airbus fabriqués en Europe aussi. © AFP / SAUL LOEB

Si l’euro n’a pas plus de valeur que le dollar, le coût nominal des biens et services est le même. En d’autres termes, une voiture à 10000 dollars, c’est une voiture à 10000 euros (oublions les frais de change pour faire simple). Là où, auparavant, ces mêmes 10000 dollars ont pu se payer 6300 euros (à l’été 2008, il fallait payer 1,59 dollar pour acheter 1 euro). Ou une voiture à 10000 euros a pu coûter 15900 dollars. A salaire inchangé, la différence est sensible pour le consommateur.

Les conséquences sont rarement nulles pour nos économies, désormais très intégrées les unes aux autres. La mondialisation est passée par là. Des avions aux produits pétroliers, des matériaux de construction aux composants électroniques, la France a importé l’équivalent de 31,4% de son PIB en 2015; la même année, elle exportait environ 30%.

Quels sont les gagnants ? Quels sont les perdants ? Le tour d’horizon est rapide.

Les exportateurs tirent leur épingle du jeu

Si l’on reprend l’exemple de l’industrie automobile, ou plus généralement des industries à faible marge, avec un euro faible, une Renault, une Volkswagen ou une Mercedes peuvent désormais se vendre à un prix inférieur aux tarifs catalogue de l’année passée. Au plus haut de 2016, un Américain aurait dû dépenser plus de 15 500 dollars pour s’offrir le best-seller français de l’année, la Renault Clio IV, vendu 13 500 euros à Paris. Ces jours-ci, il économiserait 2 000 dollars. Il est donc probable que le cours actuel de l’euro favorise les exportations de voitures européennes.

Des avions aussi ? Chez les constructeurs aéronautiques, on a déjà contourné le problème en comptant en dollars, y compris chez Airbus. Le seul hic, c’est que les coûts de production restent ceux du pays de production. Que l’étiquette soit en euros ou en dollars, un A380 est fabriqué par des Européens payés (principalement) en euros. Donc une baisse de l’euro ne favorise pas les exportations. Elle diminue juste les coûts de production.

Les importateurs attendront des jours meilleurs

Dans une économie comme celle de la France, fortement dépendante au pétrole étranger (autour de 99% depuis 2000), l’effet n’est pas négligeable : à supposer que le prix du baril n’ait pas changé en 2015 – disons 54 dollars le baril –, le coût de la consommation annuelle de pétrole brut de la France – disons 720 millions de barils – aurait varié de 4 milliards de dollars entre le taux de change le plus bas (1,05 dollar pour 1 euro, en décembre) et l’euro/dollar le plus élevé (1,18, en janvier). À titre de comparaison, le ministère des Affaires dépensera 4,6 milliards en 2017.

Ce raisonnement est valable pour tous les secteurs importateurs : textile, habillement, électronique grand public notamment. Même si c’est sur la facture pétrolière que l’effet du change euro/dollar est le plus manifeste.

Au-delà de la théorie

En pratique, la plupart des multinationales couvrent le risque lié au change avec des assurances spécifiques. L’impact du cours de l’euro ou du dollar n’est donc pas aussi brutal qu’il n’y paraît. Par ailleurs, l’industrie automobile ou le secteur aéronautique européens ont ouvert des sites de production en zone dollar pour limiter le risque de change.

Par ailleurs, concernant le pétrole, le calcul de taux ne tient pas compte de l'évolution des cours du brut, qui se trouve être orientée à la hausse depuis cette automne, et sans doute sur le moyen terme. Ce qui tendrait à amortir l'effet d'une baisse de l'euro face au dollar dans les comptes de la France.

On notera aussi un effet de bord non négligeable. Le prix d’une monnaie est exprimé par les taux d’intérêt. Or si la valeur du dollar augmente (par rapport à celle de l’euro par exemple), le taux d’intérêt attaché à cette monnaie augmente. Donc pour tous ceux qui sont endettés en dollars, le coût du crédit augmente. Les États qui ont emprunté des billets verts le paient au prix fort. Pour l’Américain amateur de Clio IV, le prix de l’auto a sans doute baissé, mais le bénéfice ne sera réel que s’il paie cash.

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