Croissance à la hausse, chômage à la baisse, en ce début d'année, la Banque centrale européenne (BCE) pouvait se réjouir d’un bilan positif rarement atteint ces dernières années. Mais voilà que les élections italiennes et le retour des populismes font resurgir ses vieux démons. Focus sur le rôle de cet organisme phare.

Le siège de la Banque centrale européenne à Francfort-sur-le-Main en juin 2018.
Le siège de la Banque centrale européenne à Francfort-sur-le-Main en juin 2018. © AFP / Daniel Roland

Angela Merkel a annoncé le 3 juin dans un entretien au journal conservateur Frankfurter Allgemeine Zeitung que si la solidarité entre les pays de la zone euro était une gageure de la politique menée par la Banque centrale européenne (BCE), « ce principe ne devait pas conduire   à une union de la dette ». Un propos qui résonne d'autant plus fort dans un contexte de retours des tensions en Europe à la de l’élection d’une coalition populiste au pouvoir en Italie, menée par le Mouvement 5 Etoiles (M5S, populiste) et la Ligue (extrême droite). A peine prononcé, le résultat a engrangé une vague de panique sur le marché obligataire, faisant s'envoler des taux d'endettement italiens déjà préoccupants . Une crainte qu'ont maladroitement tenté d'étouffer les dirigeants de la BCE et les nouveaux chefs de file italiens en laissant entendre qu’ils souhaitaient demander l’effacement de 250 milliards d’euros de la dette du pays à la Banque centrale européenne. 

Il n’en fallait pas plus pour ressusciter le spectre de l’ « Italexit » dans une BCE qui voit resurgir le spectre de la crise de 2008 et une Allemagne excédée par la dette de ses voisins du Sud. Bref, l'organisme ne semble pas avoir le coeur à faire la fête. Pour preuve, toute célébration officielle de son 20e anniversaire a finalement été annulé. Cependant, la question vaut la peine d'être posée:  à quoi elle sert, au juste, la BCE ? Franceinter.fr fait le point sur le rôle de cet organisme garant de la stabilité monétaire européenne.

Histoire et principes fondamentaux d’une organisation autonome

OMC, FMI, ONU, OMS… La BCE fait partie de ces acronymes à trois lettres dont la sonorité nous est familière et la signification, un peu moins. Crée en 1998 à la suite des négociations du traité de Maastricht de 1992, la Banque centrale européenne succède à l’Institut monétaire européen dit IME. Indépendant, il est principalement chargé d’émettre l’euro en tant que monnaie unique et commune, de définir les grandes lignes de la politique monétaire de la zone euro et de maintenir la stabilité des prix au sein de cette même zone avec un taux d'inflation égal ou en deçà des 2%.

Basée à Francfort-sur-le-Main, l’institution dirigée depuis 2014 par l’italien Mario Draghi a connu une histoire pour le moins tumultueuse depuis 2008 et la crise économique et monétaire qui a frappé l'Europe. Organe central de l’Eurosystème et du Système européen de banques centrales, la BCE est en quelque sorte la clef de voute de l’économie européenne et garanti la stabilité des prix, en conformité aux principes d’une économie de marché ouverte.

Pays membres, institutions, fonctionnement : qui fait quoi à la BCE ?

Sur les 28 Etats membres de l’Union Européenne, seuls les 19 qui ont adopté la monnaie unique bénéficie d’un pouvoir décisionnel au sein de l’organisme. Quant au neuf autres ayant fait le choix de garder leur monnaie propre, ils bénéficient d’un statut particulier qui leur permet de mener une politique monétaire nationale autonome, tout en les privant de participer à la prise de décisions et aux mises en œuvre. 

  1. L’organisation est constitué de 3 organes piliers : le Conseil des gouverneurs, le Directoire et le Conseil général

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Un premier bilan positif terni par la crise de 2008

La crise économique de 2008, couplée aux deux crises grecques successives en 2009 et 2015, ont entaché l'image de la Banque centrale européenne et de son action, à l'instar de son ancien président, le français Jean-Claude Trichet. A l'orée de la récession, l'ancien président a été la cible de vives critiques qui mettent l'accent sur l'austérité et la stabilité des prix, plutôt que sur la reprise de la croissance. Par ailleurs, des reproches ont été émis face à son manque de prise de position sur l'implication de son successeur, Mario Draghi, à Goldman Sachs, avant qu'il ne prenne la tête de la BCE. Tantôt trop pro-libérale, tantôt responsable du virage vers l'austérité budgétaire pris par l'Europe, la BCE peine à se défaire d'une défiance symbolisée aujourd'hui par la montée des populismes et de l'euroscepticisme.

Dans les prochaines semaines, la BCE va donc devoir ménager les susceptibilités, tant du côté italien qui se retrouve dans une situation politique et économique instable, que du côté de l'alliance franco-allemande, qui craint de devoir porter un peu plus le poids de l'équilibre budgétaire et monétaire européen, prôné par la BCE depuis sa création.

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