Alors que le gouvernement a détaillé cette semaine les nouvelles modalités du chômage partiel à partir du 1er juin, certains salariés témoignent de l'usage douteux voire illégal du dispositif dans leur entreprise. Parmi eux : Thomas, cadre francilien que France Inter a rencontré. Un cas loin d'être isolé.

En France, près de 25% des salariés en chômage partiel ont continué, ces dernières semaines, à exercer leur activité, alors qu'ils n'étaient pas censés travailler.
En France, près de 25% des salariés en chômage partiel ont continué, ces dernières semaines, à exercer leur activité, alors qu'ils n'étaient pas censés travailler. © AFP / Ronan Houssin / Hans Lucas

Selon plusieurs enquêtes (cabinet Technologia et enquête CGT Cadres, ingénieurs et techniciens), près de 25% des salariés en chômage partiel ont continué, ces dernières semaines, à exercer leur activité, alors qu'ils n'étaient pas censés travailler. Certains ont accepté de gérer ponctuellement des dossiers. D'autres ont été sollicités à temps plein, parfois très directement par leur hiérarchie. "Une situation plus courante qu'on ne pourrait l'imaginer", assure Thomas*, cadre dans une entreprise francilienne prestataire de services pour des commerces, avec plusieurs centaines de salariés. Il nous raconte.

"Un job à 120%... payé 84%, ça fait mal !"

"Dès le 16 mars, nous avons tous été placés en chômage partiel à 100%. Aussi bien les équipes sur le terrain, ce qui peut se comprendre, que les effectifs de gestion. Il faut dire que le confinement a stoppé net la facturation et donc les rentrées d'argent pour notre entreprise, mais il y avait du travail, beaucoup de travail", explique ce manager, qui parcourt des yeux sa boîte mail pleine à craquer. 270 courriels reçus rien que pendant les deux dernières semaines de mars. 

Par téléphone - pas par écrit - on nous a clairement dit qu'on attendait de nous une continuité d'activité pendant toute la période, malgré le chômage partiel, pour préparer la reprise. Il y avait la paie à faire, les équipes à gérer en télétravail, de gros appels d'offre à boucler. En réalité on a travaillé plus que d'habitude. On a été à 120%. Aujourd'hui on est à 100%. 

Mais les salaires eux se mettent à baisser, l'entreprise n'ayant pas compensé la diminution liée au chômage partiel. "Franchement, moins 16% ça fait mal lorsqu'on travaille autant voire plus qu'avant. Cette situation a créé des tensions en interne, ça a commencé à gronder début avril après les premières fiches de paie du confinement", se souvient le quadragénaire. 

Contradictions gênantes

Pour les mois d'avril et de mai, la direction décide donc de reprendre à sa charge une partie des salaires à taux plein (30% puis 50%), mais une partie seulement. Le reste relève toujours du chômage partiel. "Pour moi cela reste de la fraude. Parce que je continue de faire un temps plein !" s'indigne Thomas, qui a fini par investir, à ses frais, dans une chaise de bureau confortable pour son appartement. 

Cette situation illégale se double d'une rupture de confiance avec la hiérarchie, selon Thomas : 

Ce sont des gens qui n'hésitent pas à dire qu'il y a trop de charges, trop d'impôts en France, et ce sont les mêmes qui se ruent sur les aides aujourd'hui. Ces contradictions me dérangent... Alors évidemment l'entreprise va être fragilisée par la crise, mais pas plus que beaucoup d'autres.

Contradictions d'autant plus insupportables pour ce cadre, que l'entreprise en question a connu "une forte croissance ces dernières années et est loin d'être à flux tendu". "Il faut des contrôles. Mais il faut surtout que les entreprises puissent corriger le tir a posteriori. Certaines ont pu se tromper dans l'urgence. Mais elle doivent aujourd'hui faire leur mea culpa et prendre des mesures vis à vis de leurs salariés", conclut Thomas.

Il note par ailleurs que trois de ses amis proches, parmi une dizaine environ, sont dans la même situation que lui : en télétravail tout en bénéficiant du chômage partiel. 

*Son nom a été modifié

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