Arkema, dont le site texan a connu des explosions après le passage de Harvey, aurait fait du lobbying contre le durcissement de la réglementation sur les produits chimiques.

Vue aérienne de l'usine Arkema de Crosby, près de Houston, Texas, après l'incendie
Vue aérienne de l'usine Arkema de Crosby, près de Houston, Texas, après l'incendie © Reuters / Adrees Latif

Basé à Colombes près de Paris, le groupe Arkema compte 19 500 salariés répartis dans 50 pays et 133 sites industriels, dont celui de Crosby au Texas, où des explosions se sont produites jeudi. L' Amérique du Nord représente un tiers de son activité mondiale.

D'une superficie de 62 hectares, le site de Crosby est situé à une quarantaine de kilomètres au nord-est du centre de Houston et emploie 57 personnes. Il fabrique des peroxydes organiques, un composé qui entre dans la fabrication de plastiques, de polystyrène, de polypropylène, de PVC et de produits pharmaceutiques.

Inondée après le passage du cyclone Harvey, et privée d'électricité, donc de capacités de réfrigération des matériaux hautement inflammables qu'elle produit et stocke, l'usine représentait un risque depuis plusieurs jours. Elle a été évacuée mardi, avant que des conteneurs explosent et crée un incendie jeudi, accompagné d'une immense fumée noire.

Les internautes reprochent un manque de transparence

Richard Rennard, l'un des dirigeants d'Arkema, au Texas, a tenu des propos très flous et assez contradictoires lors d'un point presse après les deux explosions. Un des neuf conteneurs (de ces produits toxiques) connait une dégradation du produit a-t-il déclaré, encourageant les personnes qui auraient inhalé la fumée à aller chez le médecin tout en affirmant :

Ce n'est pas un rejet chimique. C'est un incendie.

Accompagné du responsable des pompiers spécialisés dans les matières dangereuses, Richard Rennard a expliqué que la fumée provoquée par la réaction chimique était "irritante"."C'est certainement nocif", a-t-il dit sans autre précision.

Jeudi, le responsable d'Arkema a indiqué qu'il ne croyait pas vraiment au potentiel mortel de la fumée dégagée par l'incendie de l'usine. Alors que le directeur de l'Agence fédérale des situations d'urgence (Fema), Brock Long, affirmait au contraire que le panache de fumée était extrêmement dangereux. Près de 3 800 personnes vivent dans un rayon d'environ 5 km) autour du site.

Mais quelques heures après, l' EPA, l'Agence de protection de l'environnement, affirmait que l'incendie n'avait pas généré "une concentration inquiétante de matériaux toxiques à l'heure actuelle". L'EPA se base sur des données récoltées au-dessus du site lors d'un survol.

Vendredi soir, les responsables d'Arkema au Texas ont de nouveau tenu une conférence de presse. Ils prévoient que des produits inflammables continuent de brûler encore pendant les jours à venir. Mais refusent de dire quelle est la nature des produits concernés , alors que les populations veulent connaitre la nature de l'air qu'elles respirent :

Traduction : "Nous ne détaillerons pas les produits chimiques concernés pour des raisons de sécurité"

Traduction : "la fumée est un irritant, nous ne dirons pas qu'il n'y a pas d'effets sur la santé"

Lobbying pour que les mesures de sécurité ne soient pas renforcées

Or, selon le journal économique en ligne International Business Times, Arkema est parvenue en 2016 à faire pression sur les autorités de régulation fédérales pour suspendre le durcissement des règles de sécurité dans les usines chimiques. les nouveaux textes, établis par l'administration de Barack Obama, ont été finalement suspendues par Donald Trump. Or, Arkema et la filière de l'industrie chimique auraient fait un lobbying acharné pour que ces règles soient effectivement suspendues. C'est l'explosion d'une usine chimique au Texas ayant tué 15 personnes en 2013 qui avait provoqué une réflexion de l'administration Obama sur les règles de sécurité des usines chimiques. Cette nouvelle réglementation aurait dû entrer en vigueur en mars dernier

Par exemple, dans une lettre envoyée à l'EPA, l'agence de protection de l'environnement, Arkema estime que faire réaliser des audits par un organisme extérieur et indépendant ne servirait à rien en matière de sécurité et coûterait bien trop cher. L'activité d'Arkema étant "complexe, les auditeurs ne seraient pas forcément qualifiés". Les audits déjà réalisés par des personnes extérieures aux sites sont suffisants selon l'entreprise. Informer le public et les services de secours sur une situation d'urgence n'est pas non plus une bonne idée selon Arkema, à en croire sa lettre. Les députés et sénateurs républicains du Texas, qui ont reçu 100 millions de dollars de la part de l'industrie chimique pour leur campagne électorale depuis 2008, ont également œuvré pour que ces règles soient effectivement suspendues par l'administration Trump..

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.