Alors que le ton se durcit entre le gouvernement et Alstom, France Inter publie le document qui justifie la fermeture de son site historique de Belfort aux salariés.

L'Etat assure ne pas avoir été informé de l'arrêt de l'activité sur le site Belfortain
L'Etat assure ne pas avoir été informé de l'arrêt de l'activité sur le site Belfortain © Maxppp / PHOTOPQR/L'EST REPUBLICAIN/MAXPPP

C'est par une lettre à ses salariés, que France Inter s’est procurée, qu'Henri Poupart Lafarge a justifié mardi la fermeture du site historique de Belfort. Bien sûr, le site est "emblématique", écrit le patron. Mais Belfort repose sur la production de locomotives de frêt et de TGV et il n'y a plus assez de commandes. "Nous avons alerté les pouvoirs publics", assure-t-il. Faux, si on en croit le secrétaire d'État à l'Industrie. "L'Etat était au courant de difficultés mais pas d'un projet de fermeture", assure Christophe Sirugue. Alain Vidalies, le ministre des Transports, lui, dénonce un mauvais tempo.

Selon le ministre, plusieurs pistes permettent de faire tenir le site pour passer le trou d'air qui précède 2022. SNCF et Alstom pourraient s'accorder sur la fourniture de douze locomotives pour le Paris-Turin-Milan. La RATP, de son côté, doit passer commande de petites locomotives.

Plus loin, Belfort pourrait bénéficier indirectement du RER du Grand Paris s'il remporte l'appel d'offres, selon le ministre. Le gouvernement va aussi en lancer un sur les trains Intercités. La lettre de la direction aux salariés n'est pas une réponse à tout cela. Mais en la lisant, on se dit tout de même qu'elle ne laisse guère de place à la négociation.

La lettre du PDG d'Alstom aux salariés

Le 13 septembre 2016

Message de Henri Poupart-Lafarge

Cher(e)s Collègues,

Le 7 septembre, la direction d’Alstom a mentionné lors du comité de groupe européen que le scenario privilégié pour répondre aux problèmes de charge de Belfort et de Reichshoffen serait de transférer, d’ici deux ans, les activités de locomotives et motrices actuellement à Belfort vers Reichshoffen. Belfort se concentrerait alors sur ses activités de services et leur développement. Cette annonce du 7 septembre est une information préliminaire faite aux représentants du personnel ayant pour objectif d’initier un processus de consultation, pour mener cette réorganisation dans les meilleures conditions.

Le site de Belfort est emblématique : des générations d’ouvriers, de techniciens et d’ingénieurs se sont succédé dans ses murs et ont démontré, au plus haut niveau, leur savoir-faire. Nous sommes tous profondément attachés à ce site. Malheureusement, il est aujourd’hui au centre des difficultés que rencontre le ferroviaire français. Comme vous le savez, l’activité de Belfort repose sur la production de locomotives (fret et passagers) et de motrices TGV. Aucune locomotive n’a été commandée depuis plus de 10 ans à Alstom en France et la production des motrices TGV, non assurée après 2018, est au rythme le plus bas de son histoire.

Nous avons maintenu une production à Belfort aussi longtemps que nous l’avons pu et aussi longtemps que nous pouvions espérer que la perte d’activité ne soit que conjoncturelle. Alstom s’est battu pour décrocher des marchés à l’international : des contrats de locomotives en Chine, Russie, Kazakhstan, Azerbaïdjan et récemment en Inde (pays qui imposent tous, désormais, une production locale). Malgré les efforts de tous, il apparait aujourd’hui impossible d’assurer un avenir pérenne pour les activités du site de Belfort.

Le transfert de l’activité motrices TGV à Reichshoffen, ainsi que les locomotives si de nouvelles commandes se concrétisent, permettra par ailleurs de sécuriser ce site, très fortement impacté par l’arrêt prématuré de la production de trains régionaux. C’est également un choix cohérent géographiquement afin d’aider la mobilité des employés.

Malgré la portée du symbole de Belfort et l’attachement tout particulier du groupe à ce site, nous devons faire ce choix aujourd’hui pour préserver les emplois et la position des autres sites du groupe.

Nous avons, avec l’ensemble des acteurs de la filière et nos partenaires sociaux, alerté les pouvoir publics sur cette situation depuis plusieurs mois. Nous avons décidé d’annoncer très en amont ce projet afin de prendre le temps nécessaire à une telle réorganisation. Pour permettre en particulier de préparer avec les salariés un transfert vers un autre site d’Alstom en France, dans les meilleures conditions. Nous aurons deux ans pour envisager avec ceux qui ne souhaiteraient ou ne pourraient pas déménager, au cas par cas, des solutions alternatives : formation, reconversion, etc.

Ces modalités seront discutées avec l’ensemble des parties prenantes, syndicats, collectivités locales et pouvoirs publics. Nous avons plusieurs mois pour les mettre au point. D’ici à 2018, Alstom mettra tout en œuvre pour qu’il n’y ait pas de départs contraints.

Je vous assure de mon engagement et de celui de l’ensemble de la direction pour conduire ce projet dans un état d’esprit de dialogue et d’écoute avec les représentants du personnel et les salariés concernés.

Cordialement,

Henri Poupart-Lafarge

Président-directeur général d’Alstom

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